Une requête

Aujourd’hui j’ai 26 ans. C’est toujours un émerveillement nouveau de voir que des dizaines de gens pensent à moi en ce jour, m’écrivent, m’appellent. C’est toujours bizarre de voir à quel point ça me touche alors qu’au fond je sais bien qu’un an de plus ne change rien. Je sais bien que le fait que j’aie enregistré ma date de naissance sur FB n’est pas étranger à ces nombreux messages. N’empêche, ça me touche. Et puis c’est aussi une source de culpabilité, moi qui ne souhaite pas vraiment les anniversaires, ou seulement ceux de mes très proches. Je souhaite donc remercier tous ces gens qui ont pensé à moi, ne serait-ce que quelques instants : votre attention me touche.

Elle me touche mais aujourd’hui je voudrais juste demander un petit quelque chose en plus. Presque rien. Oui, au fond de moi ce que je voudrais pour mon anniversaire c’est la fin du patriarcat. La fin du racisme, de l’homophobie, la paix dans le monde. J’aimerais qu’Israël et les Etats-Unis cessent d’assassiner impunément. J’aimerais que les fachos, les conducteurs de 4×4 urbains, les violeurs disparaissent, d’un coup de baguette magique. Je suis une grande idéaliste au fond. En même temps j’ai l’intime conviction que ce genre de combats se fait petit à petit, et que même si je vous saoule avec mes positions et engagements politiques, tout ceci reste, quelque part.

Je vous demande un truc très simple en fait. Hier soir, l’Allemagne a gagné la demi-finale de la Coupe du Monde contre le Brésil, 7-1. C’était absurde, surréaliste, complètement fou, absolument gênant. C’était plein de choses. Il y avait une chose que ça n’était pas : un viol. Non, ce match n’était pas un viol, même métaphoriquement, même au millième degrés. Je vous expliquerais bien de façon ultra explicite ce qu’est un viol, en réalité, mais comme je l’ai dit plus haut bon c’est mon anniversaire, je vais m’éviter les souvenirs douloureux pour aujourd’hui. Alors, comme c’est mon anniversaire, par respect pour moi et les millions de femmes qui ont subi un viol dans leur vie, ne comparez pas ce match à un viol. Ne comparez rien à un viol. Un viol est un viol, c’est tout. Tant que vous y êtes, ne dites pas que l’Allemagne n’est pas une équipe « de PD ». C’est homophobe, violent, débile, ça ne veut rien dire. Vous croyez que « PD » est une insulte, mais il y a des gens derrière ce mot, des gens qui sont insultés, tabassés, tués. Des gens qui sont tout aussi braves, courageux et forts que les autres.

Pour mon anniversaire, je voudrais qu’on se respecte plus, qu’on s’écoute plus, qu’on fasse plus attention aux gens autour de soi, à leurs ressentis, à leurs blessures. Qu’on ne dénigre pas les sentiments des gens, ou leur physique, ou leurs croyances. Merci.

LL

rapewinning

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Ce n’est pas à nous d’avoir honte !

Chaque année en France 75 000 femmes sont violées. 200 par jour. 8 chaque heure qui passe. Toi, qui me lis, fais-tu partie de ces chiffres ? Une femme sur 10 a déjà été violée ou le sera un jour. Qui, autour de moi, se tait car elle a honte, se sent coupable secrètement, ne met tout simplement pas le mot « viol » sur ce qu’elle a vécu ? Cette année, un ami s’est fait casser le nez par un connard. A-t-il hésité avant d’en parler autour de lui ? Non. Et il a eu raison. Alors pourquoi, quand je me fais agresser sexuellement, quand je me fais violer, je n’ose pas dire ce qui s’est passé ? Aujourd’hui, ne nous taisons plus. Pour que les autres femmes n’aient plus honte de ce qui leur est arrivé. Pour que les hommes comprennent que la vie n’est pas un film et que le consentement est primordial, pour sortir des mythes sur le viol qui perdurent depuis trop longtemps.

Pétition à signer sur http://www.contreleviol.fr/

J’ai mis presque dix ans à comprendre que j’avais été violée. On se dit toujours que l’on ne se sentira pas coupable si cela nous arrive un jour, on se dit qu’on ira porter plainte. C’est sans compter sur ces fameux « mythes sur le viol » (je vous conseille vivement la lecture des articles d’Antisexisme à ce sujet, en lien plus haut) : on peut être violée par son mec, un ami, un parent dans la douce quiétude de sa chambre à coucher. La première fois, j’ai été violée par un homme que je connaissais depuis seulement quelques heures, j’avais 14 ans et il m’a obligée à lui faire une fellation. La deuxième fois j’avais 22 ans, j’ai ramené un homme chez moi mais j’avais trop bu. Quand je me suis finalement réveillée, il était en train de « finir ». Ces lignes sont les plus dures que j’aie eu à écrire de ma vie. Pour la première fois, concrètement, des mots sont mis sur ce qui m’est arrivé.

Le but de tout ceci n’est pas de m’apitoyer sur mon sort, ce n’est pas mon genre. Le but est de montrer à celles et ceux que je connais (mais aussi à celles et ceux que je ne connais pas) que le viol est un crime tristement banal mais qui ne doit pas être banalisé. Montrer que malgré ma grande gueule et ma belle assurance, malgré (ou peut-être bien à cause) le fait que j’assume pleinement ma sexualité, ça m’est arrivé, à moi aussi. Je sais très bien que des gens vont penser que je l’ai bien cherché. C’est bon, aujourd’hui je sais que ce n’est pas ma faute alors ces attaques je ne les écouterai pas. Je sais que des gens vont prendre cet article à la légère, ne pas me croire car le « viol-viol » n’arrive pas comme ça, ricaner dans leur coin car rien n’est sérieux pour eux. D’autres vont être gênés car « on ne parle pas de ces choses-là » et après ça ils ne pourront plus me regarder dans les yeux, ils seront mal à l’aise. Je sais aussi que certains de mes proches (très proches) vont découvrir tout cela à travers cet article. Excusez-moi de ne vous en avoir jamais parlé, c’était trop compliqué. Ce n’est pas votre faute non plus.

Ce n’est pas du sexe quand elle est saoule. Avoir des rapports sexuels avec une personne incapable de consentir = agression sexuelle

Ce n’est pas du sexe quand elle est inconsciente. Avoir des rapports sexuels avec une personne incapable de consentir = agression sexuelle

Ce n’est pas à nous d’avoir honte ! C’est pour cela que je parle aujourd’hui, malgré l’exposition que cela m’apporte et les critiques qui ne manqueront pas d’arriver. Vous aussi : parlez ! Pas forcément publiquement si vous ne vous en sentez pas capables mais parlez à vos proches, dénoncez vos agresseurs, foutez leur la honte et soyez fières de ce que vous avez accompli. Les agressions que j’ai subies ne me jugent ni ne me définissent, elles jugent et définissent ceux qui les ont perpétrées. J’aime toujours autant la vie et j’aime toujours autant baiser !

Battez-vous !

LL