Le physique des femmes et les injonctions contradictoires.

Il existe des dizaines de façons d’oppresser quelqu’un. On peut se moquer, être violent.e dans les paroles ou dans les actes, et puis on peut scruter, juger. Le corps des femmes est scruté en permanence. J’ai réalisé beaucoup de choses, dont je me doutais déjà, à la lecture de l’excellent livre de Mona Chollet : Beauté fatale (Zones). De toute façon, quoi que vous fassiez, si vous êtes une femme, vous aurez toujours tort. Si vous faites un enfant jeune, c’est trop tôt, vous n’êtes pas du tout responsable. Si vous faites un enfant moins jeune, c’est trop tard. Et alors je ne vous raconte même pas si vous ne faites pas d’enfant du tout ! Là vous reniez carrément votre « nature féminine intrinsèque » qui fait que, quand on est une femme, notre seul désir c’est de pouponner, bichonner, procréer quoi. En même temps, on sert à quoi sinon ? Il en va de même pour votre apparence. Quand on est mince, voire maigre, on est un sac d’os, une connasse d’anorexique. Quand on est ronde, voire grosse, on est une vache, une bouffeuse compulsive. Ne cherchez pas, ça n’ira jamais. Étrangement, on s’est mis dans la tête qu’il existait un seul type d’être humain, celui qui est juste mince comme il faut, mais pas trop non plus. Pour les femmes, avec des seins et des fesses rebondis, une taille fine. Pour les hommes, avec des épaules larges et musclées. Alors voilà, il existe des gens maigres, il existe des gens gros. C’est juste comme ça en fait. Et comme je connais des maigres qui se goinfrent en espérant ardemment prendre un kilo, je connais des gros.ses qui mangent équilibrés depuis des années, ou encore enchaînent régime sur régime en espérant ardemment perdre un kilo. L’herbe est toujours plus verte blabla. Quand j’étais au collège, j’enviais les belles boucles de ma super copine métisse. Le samedi après-midi elle sortait son fer à friser pour me faire de belles anglaises, puis le fer à lisser pour faire disparaître les siennes. Je trouve ça très parlant. (Je parle ici juste de ce qu’on souhaite soi-même, indépendamment de toute question de classe, d’un point de vue sociétal j’ai parfaitement conscience d’être dans les dominant.es par rapport à une femme noire ou métisse.)
Pour ce qui est du poids on pourra arguer que c’est facile pour moi de dire des trucs du style « acceptez vous tel.les que vous êtes » étant donné que je rentre plutôt dans la catégorie mince. Ce qui est dingue c’est que pendant des années j’ai cru que j’étais grosse. On me l’a fait croire. Inconsciemment, je pense, on n’a pas réalisé que la société me foutait déjà une sacrée pression pour que je rentre dans le moule. Alors quand je réalise que moi, qui suis plus mince que la moyenne des femmes en France, complexe sur mon bide, je n’ose même pas imaginer la merde que doivent gérer les femmes socialement vues comme grosses (et j’ai un peu envie de leur envoyer plein d’amour du coup). J’ai réalisé la violence que cela pouvait être en tombant sur cet article de Daria Marx et je ne peux plus supporter ça. Que l’on dénigre un être humain parce qu’il ne correspond pas à ce qu’on aimerait voir. Nous n’existons pas pour vous faire plaisir. Nous n’existons pas pour être agréables à regarder. Nous sommes tellement plus de choses qu’une enveloppe physique.
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Un autre truc que j’expérimente depuis quelques temps est le fait d’être une femme poilue dans l’espace public. Alors que les choses soient claires : en vrai, toutes les femmes sont poilues. Bien sûr notre société de consommation patriarcale a inventé un truc qui coûte de l’argent, prend du temps et agresse le corps des femmes et a décidé que c’était obligatoire, si tu ne le fais pas tu es une grosse dégueu (oui, je parle de l’épilation). Depuis quelques mois j’ai décidé que j’avais autre chose à foutre de mon argent et de mon temps que de me plier à une règle aussi débile. Depuis quelques mois j’observe la pilosité des autres femmes dans l’espace public. Jusqu’à présent je n’ai pas croisé une seule femme qui ne s’épilait pas. Qu’elles soient jeunes, vieilles, minces, grosses, blanches, noires, s’il y a bien une règle que les femmes ont parfaitement intégré c’est celle-ci. Je ne les critique pas, je ne les juge pas, au contraire je les comprends car même si aujourd’hui j’assume mes poils sans problème (j’ai en plus la chance d’avoir une pilosité plutôt discrète, au moins sur les jambes), ça a été très dur au début. Même si je trouve cette règle débile, je comprends que les femmes préfèrent s’y plier plutôt que de s’en prendre plein la gueule. Choisir la paix, quand on est déjà en permanence prises à partie, ne me paraît pas scandaleux. Ce qui est scandaleux ce sont ces gens qui, encore une fois, jugent, critiquent, blessent, car nous osons remettre en question leurs certitudes.
Dans ces fameuses injonctions contradictoires il y a un truc génial qui dit qu’une femme doit toujours être nickel mais sans que ça se voit. Typiquement donc, parler d’épilation est souvent perçu par les hommes comme quelque chose de dégueu, qu’ils ne veulent pas savoir, et, surtout, intrinsèquement féminin et superficiel. Mais affichez un pauvre poil sur vos aisselles, et attendez le shitstorm ! « Corresponds aux canons dictés par la société, mais, surtout, que je croie que c’est naturel. » Le pire étant que vues les représentations féminines qu’on nous sert dans les média, certaines personnes en viennent à croire que c’est ça « LA norme », on complexe des millions de jeunes femmes afin de les faire consommer. Consommer, toujours consommer. Tes dents sont tordues, tes seins tombent, ta peau est trop blanche ou trop foncée ? Il y a un produit pour ça ! La vérité c’est que les femmes ont des poils, sur les jambes, les aisselles, le pubis et souvent même le visage, les femmes ont des vergetures, les os saillants, des bourrelets, des cicatrices, des boutons, la peau noire, blanche, rose, marron. Les femmes ne sont pas des objets et ne devraient pas être jugées sur leur apparence extérieure.

Soyez libres, soyez heureux.ses !
LL

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