La communication avec un dominant : l’humour et autres polémiques à la con.

J’en ai déjà pas mal parlé ici, mais, décidément, l’humour semble être une pierre d’achoppement classique lorsque l’on parle de féminisme. En fait, on n’a même pas besoin de parler de féminisme : il suffit, qu’en tant que femme, on s’insurge de quelque chose qui nous porte atteinte pour que l’on soit renvoyées, une fois de plus, à notre statut de meuf pas drôle, qui fait que parler de l’oppression qu’elle subit au quotidien depuis sa naissance et qui la suivra jusqu’à sa mort (une broutille quoi !). Et si je voulais reparler de ce sujet, c’est avant tout car on m’a donné l’occasion de m’énerver toute rouge ce soir. Ce soir, une connaissance publie sur FB ce magnifique tumblr, accompagné du commentaire suivant : « humour noir… J’aime ».

Ce tumblr, tout d’abord, qu’en est-il ? Dès la première image, je suis interloquée, en fait, parce qu’en plus de répandre une haine des femmes assez évidente, ce n’est même pas drôle ! Peut-être que je suis un peu conne (voire complètement), mais il y a des planches que je ne comprends même pas. La deuxième, par exemple (que je ne reproduirai pas ici, parce que la nana (le sexisme n’est pas l’apanage des hommes, et oui) réclame carrément qu’on lui envoie un mail pour ce faire, naméoh et puis quoi encore ?), représente un homme à qui une femme prodigue une fellation, tandis qu’une autre femme pleure en arrière plan. « C’est irrespectueux » dit-elle. « Alors là, pas du tout ! C’est elle qui a demandé. » répond-il. C’est quoi le rapport ? C’est une vraie question hein, si vous avez une réponse à m’apporter, n’hésitez pas, je suis preneuse. J’veux dire, à part illustrer le fait que ce type est un gros naze ? (ce qui perso me fait moyen golri). Vraiment, je suis assez atterrée en voyant ça, en même temps je me dis « Si tu devais traquer tous les connards et connasses qui sévissent sur les internets tu serais pas rendue ma pov’ Loulou ! » Je vous passe donc ma nausée devant la planche qui relate une agression physique, ou encore mon haussement de sourcils gêné quand l’auteure verse carrément dans le pipi-caca-prout (mais sous la forme de menstruations, parce que c’est trop dégueuuuuuu haaaaa mondieu quelle horreur !! du sang qui sort de la chatte pfff roh lol), tout ça sur un air badin du meilleur effet. Finalement, on aurait pu en rester là, sauf qu’en féministe forcenée que je suis, je n’ai pas pu m’empêcher de dire ce que je pensais de cet « humour noir » (encore mes hormones qui devaient me jouer des tours).

« Tiens, c’est marrant, perso j’aurais plutôt dit « humour sexiste ». M’enfin, chacun ses goûts ! 😀  » (vous avez vu : j’ai même mis un petit smiley, histoire de faire comprendre que mon but n’est pas de mettre à l’index la connaissance qui partage, un garçon au demeurant fort sympathique mais qui des fois ne réfléchit pas assez avant de parler, preuve à suivre). Bon voilà, je m’attends à être ignorée (ça arrive souvent), voire censurée (ça arrive aussi), au pire à me retrouver en butte au fameux « holala, pas d’humour, pas de second degrés ! ». Résultat :

et si vous regardiez un peu l’humour pour l’humour on aurait pas des polémiques à la con et on pourrait rigoler tous ensemble….

Oui. Comme vous en ce moment-même (j’en suis sûre), j’ai été sidérée. J’ai écrit une dizaine de réponses dont je n’étais jamais satisfaite, les effaçant tour à tour, allant du plus trivial « t’es con » au pavé le plus abscons (rime suffisante). Finalement, aucune solution n’était idéale, le format du commentaire FB n’était pas adéquat pour ce que j’avais en tête. Du coup, drame : j’écris cet article. Re-drame : vu que je suis une lettreuse je pars en explication de texte de cette réponse.

  • Déjà, le « vous ». C’est qui ce « vous » ? (j’étais la première commentatrice) Les femmes ? Les féministes ? Les personnes oppressées ? Quoi qu’il en soit, parfait exemple de généralisation (qui rime aussi avec con, mais ça fait une rime pauvre), comme si ma voix représentait celle de toutes les femmes, ou de toutes les féministes. Je n’ai pas cette prétention : ma voix ne représente que moi, je ne suis pas la porte-parole d’un mouvement ou d’un parti politique, mes propos n’engagent que moi.
  • Ensuite, « l’humour pour l’humour ». Je l’ai déjà dit : je n’ai pas trouvé ce tumblr drôle. En sous-entendant que si je laissais mes combats au placard je trouverais ça drôle, cet homme renie ma subjectivité. En gros : s’il trouve ça drôle, alors tout le monde doit trouver ça drôle, si tel n’est pas le cas c’est qu’on n’a pas compris, qu’on est coincé.e.s, qu’on est trop con.ne.s, etc. A aucun moment il n’y a remise en question de son avis tout-puissant. C’est catégorique. Il y a également déni de la portée politique de l’humour : oui, l’humour peut avoir des conséquences. Ainsi, à force d’entendre des blagues sur les blondes depuis leur plus tendre enfance, certaines femmes blondes ont fini par les intégrer, par s’auto-vanner du genre « haha mais tu comprends j’suis blonde aussi ! » Hilarant. De façon plus générale, les femmes vont se croire plus dépendantes émotionnellement et plus jalouses que les hommes car on leur a servi des modèles du style Alexandra Lamy dans « Un gars/Une fille ». La nana insupportable, qui flique son mec en permanence. Le gène de la jalousie ou de la dépendance émotionnelle ne se trouve pas dans les couilles ou les ovaires, en fait, SCOOP, il n’existe pas ! Ça marche avec toutes les oppressions en fait, notamment pour le racisme. Donc, oui, je prends l’humour pour l’humour, à savoir une arme qui peut faire énormément de mal aux gens.
  • Puis, « polémiques à la con ». Haha ! Encore une fois, déni de mon ressenti : même si je pense qu’un débat vaut la peine d’être mené, mon interlocuteur ne le verra que comme une « polémique à la con », un truc dont on se fout, qui ne touche personne, anecdotique. Je te le concède, en tant qu’homme blanc, je doute que tu aies à pâtir du sexisme ou du racisme de notre société, ce n’est cependant pas une raison pour dénigrer tout ce qui ne te touche pas. Je me sens infantilisée par cette expression, parce que c’est sous-entendre que c’est un caprice de ma part et que les vrais sujets ne sont pas là. Mais où avais-je la tête ? Je n’ai vraiment rien compris à la vie, heureusement qu’un homme est là pour me remettre dans le droit chemin ! (second degrés humour tout ça tout ça, bien sûr) Petit tip relationnel : même si on s’en branle de ce que dit quelqu’un, le minimum du respect c’est de ne pas lui dire (à part si on veut faire souffrir la personne bien entendu, dans ce cas foncez les gens !)
  • Enfin, « on pourrait rigoler tous ensemble ». Le clou du spectacle ! J’insiste bien sur le verbe « pouvoir », employé ici au conditionnel. Comprenez : si on peut pas, c’est votre faute à vous les gens jamais contents. Imaginez : ‘tain Christiane tu fais chier avec tes histoires de racisme, nous ce qu’on voulait c’est rigoler tous ensemble, tu vois c’est toi qui te ghettoïse en voulant pas te bidonner quand on te vanne de guenon. Vraiment aucun humour quoi ! Même si je ne venais pas faire chier pour des histoires de sexisme, non, on ne rigolera jamais « tous ensemble » face à un tumblr ou une blague sexiste/raciste/homophobe/etc., tout simplement car il s’agit d’un « humour » excluant. Il a pour vocation de faire rire les dominant.e.s et, par un tour de passe-passe assez vicieux et néanmoins remarquable, réussit même parfois à faire rire les personnes qu’il cible. Moi-même j’ai ri à des blagues sexistes, jusqu’au jour où j’ai réalisé que ces blagues étaient un instrument de la domination des hommes sur les femmes. Qu’elles entretenaient la faible estime que certaines femmes ont d’elles-mêmes et qu’elles n’encourageaient pas la sororité, bien au contraire.

En conclusion, je ne veux pas stigmatiser les personnes qui trouvent cet humour drôle, chacun ses goûts après tout, je le disais dès mon premier commentaire. En retour, j’apprécierais assez qu’on ne vienne pas juger mon combat, mes idéaux et mon sens de l’humour. Et, si l’on n’est pas d’accord avec moi, qu’on en demeure pas moins respectueux.se : affrontement sur les idées, oui ; sur les personnes, non. A l’homme qui a partagé ce tumblr : j’espère donc que tu comprendras que ce n’est certainement pas ta personne que j’attaque dans ce billet, seulement cette petite phrase qui a eu le don de beaucoup m’énerver, pour les raisons sus-mentionnées.

Sur ces bonnes paroles, je vais aller boire des verres et je vous embrasse.

Ne vannez jamais une féministe (on vous avait prévenu.e.s aussi) ! 😛

LL

Ah oui, et si vous vous dites que je dois bien me faire chier dans ma life et que vous vous demandez ce qui me fait rire comme une baleine (best blague 1995), bin par exemple le dernier truc qui m’a fait pleurer de rire c’est une enquête de Baborlelefan. Enjoy 😉

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Qu’est-ce que le féminisme a changé dans ma vie ?

Dire que je croise encore des gens qui ne veulent pas se définir féministes ou pro-féministes. Allez trouver quelqu’un qui refuse de se dire antiraciste ! Même Marine Le Pen essaye de nous faire croire qu’elle combat le racisme. Mais féministe, non. Généralement, à quelqu’un qui me dit qu’il n’est pas féministe, j’aurais envie de répondre : « Ah bon, tu es contre l’égalité en droits des êtres humains en fait ? » mais bizarrement les gens se braquent. En m’ouvrant au combat féministe, en comprenant ce qu’il impliquait, en découvrant que notre société est profondément sexiste, en réalisant que certains de mes violeurs ne se rendaient même pas compte qu’ils me violaient, j’ai vécu une illumination. Désormais je ne peux plus voir un film sans m’énerver, car je perçois toutes les preuves et les manifestations du sexisme de notre société à travers lui. Parce que je me dis qu’il véhicule des mythes sur le viol ou des visions essentialistes des individus en fonction de leur sexe. Vous trouvez raciste de dire qu’un.e noir.e, parce qu’il.elle est noir.e, a le rythme dans la peau ? Vous avez raison, c’est raciste. Dire qu’une femme est douce ou qu’un homme est autoritaire en raison de leurs sexes est sexiste. On me reproche de mettre dos à dos les hommes et les femmes, de créer de la haine, de l’incompréhension. Rien n’est plus éloigné de mon but initial. Je suis consciente que les hommes aussi peuvent souffrir du sexisme. Oui, en tant qu’hommes, messieurs, vous devez bander toujours plus fort, toujours plus longtemps, ne pas éjaculer trop tôt, mais pas trop tard non plus. Je suis consciente de cette oppression, cependant je trouve qu’elle est nettement moins importante que celle que nous, femmes, subissons. En tant que femme j’ai une chance sur trois d’être battue/violée/maltraitée par mon conjoint. Oui, mon conjoint. L’homme qui est censé m’aimer le plus au monde, qui m’aime tellement qu’il est capable de vivre sous le même toit que moi, qui m’aime tellement qu’il est capable de me tuer. Oh wait… Oui, le paradoxe. Néanmoins les hommes ne sont pas mes ennemis. J’ai été violée, agressée, méprisée par des hommes mais je sais que ce sont des individus et qu’ils ne représentent pas tout leur sexe. Tout comme ce n’est pas parce que je me suis pris la tête avec une femme brune que j’en ai conclu que toutes les femmes brunes étaient des connasses. Ce n’est pas parce qu’un de mes violeurs était né au Maroc que j’en ai conclu que tous les marocains sont des violeurs. Certainement pas. Ce principe est à la base de tout combat pour l’égalité des droits, et notamment le combat contre le racisme. Mon but n’est pas de cliver hommes et femmes, au contraire il est de faire comprendre aux hommes pourquoi il est important de se revendiquer pro-féministe. Mon but est que nous nous allions tous contre le système patriarcal dans lequel nous vivons et qui nous fait tous souffrir, nous opprime tous.

Alors, qu’est-ce que le féminisme a changé dans ma vie ? Il m’a fait peur un peu au départ, car débarrassée de ses œillères qui m’aveuglaient depuis trop longtemps j’ai vu la réalité crue, vive. J’ai vu que certains hommes me méprisent car je suis dotée d’un vagin. J’ai vu que beaucoup d’hommes m’évaluent sous le spectre de « baisable/pas baisable », ils m’envisagent comme un objet qu’ils jugent pénétrable ou non, ne s’abaissant pas à écouter les sons articulés qui sortent de ma bouche. D’ailleurs, s’ils me laissent parler ! Car certains hommes ont tendance à croire que leur parole vaut mieux que la mienne pour la seule et unique raison qu’ils ont des couilles. Au passage, les couilles ne parlent pas, ne réfléchissent pas, et contrairement à une croyance un peu trop répandue leur présence ou absence sur un corps humain n’a aucune influence sur le courage/la témérité/le goût du risque dudit humain. Aucune.
Voilà pourquoi on n’a plus vraiment envie de savoir au début de l’engagement féministe, parce qu’on se rend compte de cette porte qu’on a ouverte et qui ne vous fera plus jamais voir la vie comme avant. Ensuite, on réalise que si l’on veut devenir une meilleure personne, influencer le monde autour de nous pour que lui aussi devienne meilleur, il faut agir. Il faut parler. Il faut avoir la force et le courage (malgré notre absence de couilles, du coup c’est plus compliqué) de dire que NON ce n’est pas/plus acceptable. Pas acceptable de se faire reprocher notre comportement quand nous essayons de porter plainte pour viol, pas acceptable de se faire harceler quotidiennement juste parce que nous avons osé fouler le sol de l’espace public, pas acceptable d’être payées moins qu’un homme, à compétences, diplômes et postes égaux. Depuis que je suis féministe, je me respecte plus et je respecte plus les autres. J’estime que chacun peut avoir quelque chose d’intéressant à dire, quels que soient son sexe, la couleur de sa peau, sa religion, son orientation sexuelle, etc. Je ne fais plus de blagues racistes « pour rire » parce que je sais que les personnes racisées subissent le racisme chaque jour. Une blague sexiste ne me fait pas rire. Parce qu’elle reprend les codes de notre société sexiste, parce que sous prétexte de second degré et de pas politiquement correct, elle ne fait rien de plus qu’invisibiliser davantage la souffrance des femmes. Parce qu’elle me fait pleurer. Depuis que je suis féministe, j’éprouve de l’empathie pour les femmes, toutes les femmes. J’ai envie de leur parler, de connaître leur histoire, leur expérience de l’oppression. Plus largement, j’éprouve de l’empathie pour toutes les personnes victimes d’exclusion. J’envisage de devenir végétarienne car je ne comprends pas au nom de quoi j’aurais le droit de participer au meurtre de masse d’animaux innocents. Je réfléchis l’éducation différemment car je ne vois pas non plus au nom de quoi j’aurais le droit de taper sur des êtres humains, sous prétexte qu’ils sont sortis de mon vagin. D’une manière générale, je me sens apaisée et à la fois en colère. Apaisée car j’ai enfin l’impression de vivre en adéquation avec les principes qui me semblent importants. En colère car je me rends compte qu’il y a encore énormément de travail pour faire évoluer les mentalités, les lois, la société dans le bon sens.

On dit aux féministes qu’elles sont hystériques, les rabaissant à leur statut de femelles incapables de gérer leurs émotions. L’hystérie est une névrose touchant indistinctement les hommes et les femmes. On dit aux féministes qu’elles manquent de second degré, et ne veulent pas rire de l’oppression qu’elles vivent. C’est pour moi toujours très truculent de me faire entendre ce genre de choses, étant donné que j’ai fait des études de littérature et écris une thèse dans laquelle j’analyse des livres. Donc, oui, le second degré, l’antiphrase, l’ironie je connais. Ne me prenez pas de haut parce que je ne ris pas à votre blague sexiste, demandez-vous plutôt si elle était réellement drôle. En règle générale, si on doit expliquer une blague, c’est qu’elle est ratée. Vous me direz que je suis misandre parce que je veux bien rire du sexisme avec des femmes mais pas avec des hommes. Tout simplement car les femmes savent de quoi elles parlent et, la majeure partie de temps, parviennent à être drôles sur ce sujet. Ce n’est que rarement le cas des hommes. On dit aux féministes qu’elles sont moches et font ça pour se venger des hommes. Critique tellement ridicule que je ne la relèverai même pas. Et là peut-être pensez-vous que si on me dit si souvent ce genre de choses c’est peut-être qu’elles sont vraies ? Argument que l’on m’a déjà sorti. En fait, le meilleur vient pour la fin : les gens qui me disent ça… ne me connaissent pas. Depuis que je suis féministe, ce qui a changé dans ma vie c’est que je suis devenue un personnage « public », ce qui donc autorise des gens que je ne connais pas (ou si peu) à venir m’expliquer pourquoi je n’ai rien compris à la vie, à venir m’expliquer que je devrais me « détendre », ou carrément à m’adjoindre de « péter un coup » (le plus classe) parce que je suis quand même sacrément coincée. Oui, parce que dénoncer le meurtre de masse des femmes et l’impunité dans laquelle cela se passe, c’est être coincée voyez-vous. Vous aurez noté l’ironie dans l’expression « personnage public » j’imagine. Récemment, à une soirée, un homme que je ne connais pas m’interpelle pour me faire une réflexion sexiste (dont la teneur sûrement hautement philosophique est sortie de mon esprit), puis voyant que je ne ris pas et même que je commence à lui expliquer en quoi il véhicule un cliché sexiste, il me répond « Ohlala aucun second degré ! ». Voilà comment, en 30 secondes, un homme qui ne me connaît ni d’Ève ni d’Adam m’a directement catégorisée « la chiante de service », la « pas fun », la « reloue ». Je tiens à préciser que personnellement je n’ai jamais pensé que cet homme put être sexiste, je ne le connais pas. Par contre, suite à sa deuxième réflexion, j’en ai conclu qu’il ne s’intéressait pas aux gens autour de lui alors j’ai cessé de m’intéresser à lui. Oui, ce qui a changé dans ma vie depuis que je suis féministe, c’est que je me fais insulter presque quotidiennement, uniquement parce que je défends un point de vue militant. Ce qui a changé, c’est que des hommes, eux-mêmes militants, viennent m’expliquer à quels combats je ferais mieux de m’intéresser, au cas où je n’aurais pas bien compris, avec ma petite cervelle de femelle.

J’ai gardé le meilleur pour la fin. On dit aux féministes qu’elles sont mal-baisées, qu’elles sont frustrées sexuellement, qu’elles sont frigides. Je rigole tellement en lisant ça maintenant. Ce que le féminisme a changé dans ma vie ? Il m’a permis d’être réellement à l’écoute de mon corps et de celui de mon partenaire. Il m’a permis de sortir des injonctions que la société nous assène en matière de sexualité. Faire l’amour c’est préliminaires, pénétration pénis-vagin et éjaculation. Point. Putain quelle originalité ! Quelle débauche de plaisir quand on est obligés de suivre un schéma tout fait. Les êtres humains sont tellement différents, alors à quel moment on a pu croire qu’un schéma unique pourrait apporter du bonheur à nous tous ? On dit les féministes prescriptives mais c’est tout le contraire. La société vous a foutu dans le crâne qui si vous ne kiffiez pas la pénétration vaginale vous avez un grave problème psychologique et/ou physique. (Et que les choses soient bien claires, si vous vous éclatez dans le modèle dominant que j’ai cité plus haut, super pour vous et go for it !) Elle vous a dit que si vous êtes en couple vous devez faire l’amour régulièrement sinon ça veut dire qu’il n’y a plus de désir. En gros, elle a permis le viol conjugal parce que c’est bon on peut bien se forcer un peu non ? Quelle horreur de faire passer ça pour la norme ! Non, je ne me forcerai plus jamais et c’est autant par respect pour moi-même que pour mon compagnon, qui mérite tellement mieux qu’un rapport fait sans entrain ni envie. Depuis que je suis féministe je fais l’amour tous les jours car j’ai découvert qu’il y avait une infinité de façons de faire l’amour. Depuis que je suis féministe je suis tellement épanouie dans ma sexualité que je me fends bien la gueule quand on me qualifie de frustrée.

Si vous pensez que les êtres humains devraient être égaux en droits, quels que soient leurs caractéristiques personnelles, alors vous êtes déjà féministes.

Vive le féminisme ! Vive la vie !

LL