Un repas trop ordinaire : ceci est une fiction.

Imaginez : repas de famille, la bonne bouffe, le bon vin, la famille. Imaginez. On la choisit pas sa famille. Devoir écouter les conneries de gens qu’on ne connait pas plus que ça. Devoir subir le programme du FN entre la poire et le fromage. Les étudiants ? Ah, ils ont la belle vie. Et la belle vie c’est péjoratif, ça veut dire qu’on n’en branle pas une en fait ! Les gens qui ne travaillent pas ? Tous des assistés, des branleurs, eux aussi ils ont la belle vie tiens, d’ailleurs le système les enrichit à coup d’aides sociales. Les immigrés ? Ils viennent nous spolier, nous dévaliser, aliéner la patrie. Ils sont menteurs, ils sont voleurs. Non, parce que quand même y’en a qui s’emmerdent pas quoi. Être infirmière en hôpital psy ? Faudrait leur parler en plus à ces rebuts, faudrait s’y intéresser, faudrait les considérer comme des êtres humains. Pouah ! Imaginez.

Feuilleter Closer, ah regarde son cul à celle-là ! Hou la grosse ! Le mépris. Tabasser son chien, pour qu’il comprenne. Putain qu’elle est conne ! Lui gueuler dessus. L’ignorance et le mépris élevés en religion. C’est vrai, je l’ai lu sur Facebook ! Essaye de discuter. Impossible. N’écoute pas, ne regarde pas, ne s’intéresse pas. Tu travailles en ce moment ? Oui, je lis… Nan, mais je veux dire. Ah oui, un vrai travail. Ah oui, non. OK. Le désintérêt. Imaginez.

Et ensuite ? Imaginez. Il ne boit pas d’alcool. Elle ne mange pas de viande. Elle écrit. On ne sait pas ce qu’elle fait. Lui non plus. Ces originaux. Ces bobos. Ces pourris. Ces assistés. Ils ne travaillent pas. Ils ont la belle vie. Il est insolent. Elle n’en a que pour son fils. Et alors ? Imaginez. Avant de partir, 100€ glissés dans la main. Cash. Vous avez dit prostitution ? Y retourner ? Le devoir ? Imaginez. Moi moi moi moi MOI. Mangez. Tu me dégoûtes. Tu manges rien. C’est pas bon. Remerciez-le. Le paradoxe. L’étouffement. Respirer. L’escalier d’en face. Le vieux pervers aux bonbons. Embrasse-moi avec la langue.
AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAHH.
Hurler. En silence. Imaginez.

Rien ne t’oblige. La morale ? Le devoir ? La justice ? Laquelle ? Comme un besoin de se rassurer, on n’est pas tous seuls, on n’est pas les pires. On a bonne conscience parce qu’on a fait ce qu’il fallait. On ne cherche pas plus loin, ça met trop de choses en branle. Et il y a des choses qu’on ne dit pas. TA GUEULE ! Ça fait du bien. L’amour et la haine, amalgamés, à l’état brut. Je te déteste parce que je t’aime, ou bien tu as tout tué ? L’obligation de respecter ses aînés. A ton âge j’avais déjà trois enfants. L’obligation d’aimer sa famille. Qui êtes-vous ? Nous connaissons-nous ? Avons-nous ne serait-ce que le désir de nous connaître ? Envie de tout envoyer valser, d’en avoir rien à foutre. Ça ne marche pas. Une promenade. Une odeur. Une odeur de bouse de vache. Comme une madeleine. Un endroit. Un souvenir. C’est doux. Une fourche sur le chemin. Le paysage. J’imagine qu’il fait beau et un peu froid.

Vous imaginez ? Tu vas faire étudiante à vie, comme ton père. Tu comprends, elles travaillent, mais elles aussi elles aimeraient bien être en vacances et se reposer. L’ambivalence permanente. Oui, haha, d’accord. Ne pas rire pour de vrai. On oublie, tout s’oublie. Jusqu’à la prochaine fois. Vivre. Marcher. Avancer. Rencontrer. Aimer. De temps en temps, le vieux pervers aux bonbons. Embrasse-moi avec la langue. Pleurer. Pour de vrai.

Une fiction, vraiment ? Imaginez.

LL