Ce n’est pas à nous d’avoir honte !

Chaque année en France 75 000 femmes sont violées. 200 par jour. 8 chaque heure qui passe. Toi, qui me lis, fais-tu partie de ces chiffres ? Une femme sur 10 a déjà été violée ou le sera un jour. Qui, autour de moi, se tait car elle a honte, se sent coupable secrètement, ne met tout simplement pas le mot « viol » sur ce qu’elle a vécu ? Cette année, un ami s’est fait casser le nez par un connard. A-t-il hésité avant d’en parler autour de lui ? Non. Et il a eu raison. Alors pourquoi, quand je me fais agresser sexuellement, quand je me fais violer, je n’ose pas dire ce qui s’est passé ? Aujourd’hui, ne nous taisons plus. Pour que les autres femmes n’aient plus honte de ce qui leur est arrivé. Pour que les hommes comprennent que la vie n’est pas un film et que le consentement est primordial, pour sortir des mythes sur le viol qui perdurent depuis trop longtemps.

Pétition à signer sur http://www.contreleviol.fr/

J’ai mis presque dix ans à comprendre que j’avais été violée. On se dit toujours que l’on ne se sentira pas coupable si cela nous arrive un jour, on se dit qu’on ira porter plainte. C’est sans compter sur ces fameux « mythes sur le viol » (je vous conseille vivement la lecture des articles d’Antisexisme à ce sujet, en lien plus haut) : on peut être violée par son mec, un ami, un parent dans la douce quiétude de sa chambre à coucher. La première fois, j’ai été violée par un homme que je connaissais depuis seulement quelques heures, j’avais 14 ans et il m’a obligée à lui faire une fellation. La deuxième fois j’avais 22 ans, j’ai ramené un homme chez moi mais j’avais trop bu. Quand je me suis finalement réveillée, il était en train de « finir ». Ces lignes sont les plus dures que j’aie eu à écrire de ma vie. Pour la première fois, concrètement, des mots sont mis sur ce qui m’est arrivé.

Le but de tout ceci n’est pas de m’apitoyer sur mon sort, ce n’est pas mon genre. Le but est de montrer à celles et ceux que je connais (mais aussi à celles et ceux que je ne connais pas) que le viol est un crime tristement banal mais qui ne doit pas être banalisé. Montrer que malgré ma grande gueule et ma belle assurance, malgré (ou peut-être bien à cause) le fait que j’assume pleinement ma sexualité, ça m’est arrivé, à moi aussi. Je sais très bien que des gens vont penser que je l’ai bien cherché. C’est bon, aujourd’hui je sais que ce n’est pas ma faute alors ces attaques je ne les écouterai pas. Je sais que des gens vont prendre cet article à la légère, ne pas me croire car le « viol-viol » n’arrive pas comme ça, ricaner dans leur coin car rien n’est sérieux pour eux. D’autres vont être gênés car « on ne parle pas de ces choses-là » et après ça ils ne pourront plus me regarder dans les yeux, ils seront mal à l’aise. Je sais aussi que certains de mes proches (très proches) vont découvrir tout cela à travers cet article. Excusez-moi de ne vous en avoir jamais parlé, c’était trop compliqué. Ce n’est pas votre faute non plus.

Ce n’est pas du sexe quand elle est saoule. Avoir des rapports sexuels avec une personne incapable de consentir = agression sexuelle

Ce n’est pas du sexe quand elle est inconsciente. Avoir des rapports sexuels avec une personne incapable de consentir = agression sexuelle

Ce n’est pas à nous d’avoir honte ! C’est pour cela que je parle aujourd’hui, malgré l’exposition que cela m’apporte et les critiques qui ne manqueront pas d’arriver. Vous aussi : parlez ! Pas forcément publiquement si vous ne vous en sentez pas capables mais parlez à vos proches, dénoncez vos agresseurs, foutez leur la honte et soyez fières de ce que vous avez accompli. Les agressions que j’ai subies ne me jugent ni ne me définissent, elles jugent et définissent ceux qui les ont perpétrées. J’aime toujours autant la vie et j’aime toujours autant baiser !

Battez-vous !

LL

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