Une requête

Aujourd’hui j’ai 26 ans. C’est toujours un émerveillement nouveau de voir que des dizaines de gens pensent à moi en ce jour, m’écrivent, m’appellent. C’est toujours bizarre de voir à quel point ça me touche alors qu’au fond je sais bien qu’un an de plus ne change rien. Je sais bien que le fait que j’aie enregistré ma date de naissance sur FB n’est pas étranger à ces nombreux messages. N’empêche, ça me touche. Et puis c’est aussi une source de culpabilité, moi qui ne souhaite pas vraiment les anniversaires, ou seulement ceux de mes très proches. Je souhaite donc remercier tous ces gens qui ont pensé à moi, ne serait-ce que quelques instants : votre attention me touche.

Elle me touche mais aujourd’hui je voudrais juste demander un petit quelque chose en plus. Presque rien. Oui, au fond de moi ce que je voudrais pour mon anniversaire c’est la fin du patriarcat. La fin du racisme, de l’homophobie, la paix dans le monde. J’aimerais qu’Israël et les Etats-Unis cessent d’assassiner impunément. J’aimerais que les fachos, les conducteurs de 4×4 urbains, les violeurs disparaissent, d’un coup de baguette magique. Je suis une grande idéaliste au fond. En même temps j’ai l’intime conviction que ce genre de combats se fait petit à petit, et que même si je vous saoule avec mes positions et engagements politiques, tout ceci reste, quelque part.

Je vous demande un truc très simple en fait. Hier soir, l’Allemagne a gagné la demi-finale de la Coupe du Monde contre le Brésil, 7-1. C’était absurde, surréaliste, complètement fou, absolument gênant. C’était plein de choses. Il y avait une chose que ça n’était pas : un viol. Non, ce match n’était pas un viol, même métaphoriquement, même au millième degrés. Je vous expliquerais bien de façon ultra explicite ce qu’est un viol, en réalité, mais comme je l’ai dit plus haut bon c’est mon anniversaire, je vais m’éviter les souvenirs douloureux pour aujourd’hui. Alors, comme c’est mon anniversaire, par respect pour moi et les millions de femmes qui ont subi un viol dans leur vie, ne comparez pas ce match à un viol. Ne comparez rien à un viol. Un viol est un viol, c’est tout. Tant que vous y êtes, ne dites pas que l’Allemagne n’est pas une équipe « de PD ». C’est homophobe, violent, débile, ça ne veut rien dire. Vous croyez que « PD » est une insulte, mais il y a des gens derrière ce mot, des gens qui sont insultés, tabassés, tués. Des gens qui sont tout aussi braves, courageux et forts que les autres.

Pour mon anniversaire, je voudrais qu’on se respecte plus, qu’on s’écoute plus, qu’on fasse plus attention aux gens autour de soi, à leurs ressentis, à leurs blessures. Qu’on ne dénigre pas les sentiments des gens, ou leur physique, ou leurs croyances. Merci.

LL

rapewinning

Qu’est-ce que le féminisme a changé dans ma vie ?

Dire que je croise encore des gens qui ne veulent pas se définir féministes ou pro-féministes. Allez trouver quelqu’un qui refuse de se dire antiraciste ! Même Marine Le Pen essaye de nous faire croire qu’elle combat le racisme. Mais féministe, non. Généralement, à quelqu’un qui me dit qu’il n’est pas féministe, j’aurais envie de répondre : « Ah bon, tu es contre l’égalité en droits des êtres humains en fait ? » mais bizarrement les gens se braquent. En m’ouvrant au combat féministe, en comprenant ce qu’il impliquait, en découvrant que notre société est profondément sexiste, en réalisant que certains de mes violeurs ne se rendaient même pas compte qu’ils me violaient, j’ai vécu une illumination. Désormais je ne peux plus voir un film sans m’énerver, car je perçois toutes les preuves et les manifestations du sexisme de notre société à travers lui. Parce que je me dis qu’il véhicule des mythes sur le viol ou des visions essentialistes des individus en fonction de leur sexe. Vous trouvez raciste de dire qu’un.e noir.e, parce qu’il.elle est noir.e, a le rythme dans la peau ? Vous avez raison, c’est raciste. Dire qu’une femme est douce ou qu’un homme est autoritaire en raison de leurs sexes est sexiste. On me reproche de mettre dos à dos les hommes et les femmes, de créer de la haine, de l’incompréhension. Rien n’est plus éloigné de mon but initial. Je suis consciente que les hommes aussi peuvent souffrir du sexisme. Oui, en tant qu’hommes, messieurs, vous devez bander toujours plus fort, toujours plus longtemps, ne pas éjaculer trop tôt, mais pas trop tard non plus. Je suis consciente de cette oppression, cependant je trouve qu’elle est nettement moins importante que celle que nous, femmes, subissons. En tant que femme j’ai une chance sur trois d’être battue/violée/maltraitée par mon conjoint. Oui, mon conjoint. L’homme qui est censé m’aimer le plus au monde, qui m’aime tellement qu’il est capable de vivre sous le même toit que moi, qui m’aime tellement qu’il est capable de me tuer. Oh wait… Oui, le paradoxe. Néanmoins les hommes ne sont pas mes ennemis. J’ai été violée, agressée, méprisée par des hommes mais je sais que ce sont des individus et qu’ils ne représentent pas tout leur sexe. Tout comme ce n’est pas parce que je me suis pris la tête avec une femme brune que j’en ai conclu que toutes les femmes brunes étaient des connasses. Ce n’est pas parce qu’un de mes violeurs était né au Maroc que j’en ai conclu que tous les marocains sont des violeurs. Certainement pas. Ce principe est à la base de tout combat pour l’égalité des droits, et notamment le combat contre le racisme. Mon but n’est pas de cliver hommes et femmes, au contraire il est de faire comprendre aux hommes pourquoi il est important de se revendiquer pro-féministe. Mon but est que nous nous allions tous contre le système patriarcal dans lequel nous vivons et qui nous fait tous souffrir, nous opprime tous.

Alors, qu’est-ce que le féminisme a changé dans ma vie ? Il m’a fait peur un peu au départ, car débarrassée de ses œillères qui m’aveuglaient depuis trop longtemps j’ai vu la réalité crue, vive. J’ai vu que certains hommes me méprisent car je suis dotée d’un vagin. J’ai vu que beaucoup d’hommes m’évaluent sous le spectre de « baisable/pas baisable », ils m’envisagent comme un objet qu’ils jugent pénétrable ou non, ne s’abaissant pas à écouter les sons articulés qui sortent de ma bouche. D’ailleurs, s’ils me laissent parler ! Car certains hommes ont tendance à croire que leur parole vaut mieux que la mienne pour la seule et unique raison qu’ils ont des couilles. Au passage, les couilles ne parlent pas, ne réfléchissent pas, et contrairement à une croyance un peu trop répandue leur présence ou absence sur un corps humain n’a aucune influence sur le courage/la témérité/le goût du risque dudit humain. Aucune.
Voilà pourquoi on n’a plus vraiment envie de savoir au début de l’engagement féministe, parce qu’on se rend compte de cette porte qu’on a ouverte et qui ne vous fera plus jamais voir la vie comme avant. Ensuite, on réalise que si l’on veut devenir une meilleure personne, influencer le monde autour de nous pour que lui aussi devienne meilleur, il faut agir. Il faut parler. Il faut avoir la force et le courage (malgré notre absence de couilles, du coup c’est plus compliqué) de dire que NON ce n’est pas/plus acceptable. Pas acceptable de se faire reprocher notre comportement quand nous essayons de porter plainte pour viol, pas acceptable de se faire harceler quotidiennement juste parce que nous avons osé fouler le sol de l’espace public, pas acceptable d’être payées moins qu’un homme, à compétences, diplômes et postes égaux. Depuis que je suis féministe, je me respecte plus et je respecte plus les autres. J’estime que chacun peut avoir quelque chose d’intéressant à dire, quels que soient son sexe, la couleur de sa peau, sa religion, son orientation sexuelle, etc. Je ne fais plus de blagues racistes « pour rire » parce que je sais que les personnes racisées subissent le racisme chaque jour. Une blague sexiste ne me fait pas rire. Parce qu’elle reprend les codes de notre société sexiste, parce que sous prétexte de second degré et de pas politiquement correct, elle ne fait rien de plus qu’invisibiliser davantage la souffrance des femmes. Parce qu’elle me fait pleurer. Depuis que je suis féministe, j’éprouve de l’empathie pour les femmes, toutes les femmes. J’ai envie de leur parler, de connaître leur histoire, leur expérience de l’oppression. Plus largement, j’éprouve de l’empathie pour toutes les personnes victimes d’exclusion. J’envisage de devenir végétarienne car je ne comprends pas au nom de quoi j’aurais le droit de participer au meurtre de masse d’animaux innocents. Je réfléchis l’éducation différemment car je ne vois pas non plus au nom de quoi j’aurais le droit de taper sur des êtres humains, sous prétexte qu’ils sont sortis de mon vagin. D’une manière générale, je me sens apaisée et à la fois en colère. Apaisée car j’ai enfin l’impression de vivre en adéquation avec les principes qui me semblent importants. En colère car je me rends compte qu’il y a encore énormément de travail pour faire évoluer les mentalités, les lois, la société dans le bon sens.

On dit aux féministes qu’elles sont hystériques, les rabaissant à leur statut de femelles incapables de gérer leurs émotions. L’hystérie est une névrose touchant indistinctement les hommes et les femmes. On dit aux féministes qu’elles manquent de second degré, et ne veulent pas rire de l’oppression qu’elles vivent. C’est pour moi toujours très truculent de me faire entendre ce genre de choses, étant donné que j’ai fait des études de littérature et écris une thèse dans laquelle j’analyse des livres. Donc, oui, le second degré, l’antiphrase, l’ironie je connais. Ne me prenez pas de haut parce que je ne ris pas à votre blague sexiste, demandez-vous plutôt si elle était réellement drôle. En règle générale, si on doit expliquer une blague, c’est qu’elle est ratée. Vous me direz que je suis misandre parce que je veux bien rire du sexisme avec des femmes mais pas avec des hommes. Tout simplement car les femmes savent de quoi elles parlent et, la majeure partie de temps, parviennent à être drôles sur ce sujet. Ce n’est que rarement le cas des hommes. On dit aux féministes qu’elles sont moches et font ça pour se venger des hommes. Critique tellement ridicule que je ne la relèverai même pas. Et là peut-être pensez-vous que si on me dit si souvent ce genre de choses c’est peut-être qu’elles sont vraies ? Argument que l’on m’a déjà sorti. En fait, le meilleur vient pour la fin : les gens qui me disent ça… ne me connaissent pas. Depuis que je suis féministe, ce qui a changé dans ma vie c’est que je suis devenue un personnage « public », ce qui donc autorise des gens que je ne connais pas (ou si peu) à venir m’expliquer pourquoi je n’ai rien compris à la vie, à venir m’expliquer que je devrais me « détendre », ou carrément à m’adjoindre de « péter un coup » (le plus classe) parce que je suis quand même sacrément coincée. Oui, parce que dénoncer le meurtre de masse des femmes et l’impunité dans laquelle cela se passe, c’est être coincée voyez-vous. Vous aurez noté l’ironie dans l’expression « personnage public » j’imagine. Récemment, à une soirée, un homme que je ne connais pas m’interpelle pour me faire une réflexion sexiste (dont la teneur sûrement hautement philosophique est sortie de mon esprit), puis voyant que je ne ris pas et même que je commence à lui expliquer en quoi il véhicule un cliché sexiste, il me répond « Ohlala aucun second degré ! ». Voilà comment, en 30 secondes, un homme qui ne me connaît ni d’Ève ni d’Adam m’a directement catégorisée « la chiante de service », la « pas fun », la « reloue ». Je tiens à préciser que personnellement je n’ai jamais pensé que cet homme put être sexiste, je ne le connais pas. Par contre, suite à sa deuxième réflexion, j’en ai conclu qu’il ne s’intéressait pas aux gens autour de lui alors j’ai cessé de m’intéresser à lui. Oui, ce qui a changé dans ma vie depuis que je suis féministe, c’est que je me fais insulter presque quotidiennement, uniquement parce que je défends un point de vue militant. Ce qui a changé, c’est que des hommes, eux-mêmes militants, viennent m’expliquer à quels combats je ferais mieux de m’intéresser, au cas où je n’aurais pas bien compris, avec ma petite cervelle de femelle.

J’ai gardé le meilleur pour la fin. On dit aux féministes qu’elles sont mal-baisées, qu’elles sont frustrées sexuellement, qu’elles sont frigides. Je rigole tellement en lisant ça maintenant. Ce que le féminisme a changé dans ma vie ? Il m’a permis d’être réellement à l’écoute de mon corps et de celui de mon partenaire. Il m’a permis de sortir des injonctions que la société nous assène en matière de sexualité. Faire l’amour c’est préliminaires, pénétration pénis-vagin et éjaculation. Point. Putain quelle originalité ! Quelle débauche de plaisir quand on est obligés de suivre un schéma tout fait. Les êtres humains sont tellement différents, alors à quel moment on a pu croire qu’un schéma unique pourrait apporter du bonheur à nous tous ? On dit les féministes prescriptives mais c’est tout le contraire. La société vous a foutu dans le crâne qui si vous ne kiffiez pas la pénétration vaginale vous avez un grave problème psychologique et/ou physique. (Et que les choses soient bien claires, si vous vous éclatez dans le modèle dominant que j’ai cité plus haut, super pour vous et go for it !) Elle vous a dit que si vous êtes en couple vous devez faire l’amour régulièrement sinon ça veut dire qu’il n’y a plus de désir. En gros, elle a permis le viol conjugal parce que c’est bon on peut bien se forcer un peu non ? Quelle horreur de faire passer ça pour la norme ! Non, je ne me forcerai plus jamais et c’est autant par respect pour moi-même que pour mon compagnon, qui mérite tellement mieux qu’un rapport fait sans entrain ni envie. Depuis que je suis féministe je fais l’amour tous les jours car j’ai découvert qu’il y avait une infinité de façons de faire l’amour. Depuis que je suis féministe je suis tellement épanouie dans ma sexualité que je me fends bien la gueule quand on me qualifie de frustrée.

Si vous pensez que les êtres humains devraient être égaux en droits, quels que soient leurs caractéristiques personnelles, alors vous êtes déjà féministes.

Vive le féminisme ! Vive la vie !

LL

Une thèse, pour quoi faire ?

Depuis que j’ai décidé de faire une thèse et que je partage cette information avec mon entourage, j’ai eu droit à peu près un milliard de fois (oui, j’ai un entourage méga nombreux) à la même question : « Mais ça sert à quoi une thèse de Lettres modernes ? ». Par « servir », entendez « Quels sont les débouchés professionnels ? » bien sûr. Oui, parce que le seul but, dans la vie, est d’avoir un travail, si possible bien payé, qui corresponde à ton niveau d’études et qui te permette, in fine, de rentrer dans le rang. Faire de la recherche bénévolement, ce n’est pas un vrai travail. Je suis donc une fausse travailleuse depuis deux ans, et je rempile pour trois ! Super ! Notez qu’en entamant ma huitième année d’études supérieures, j’en suis déjà à huit de trop selon certains. L’étudiante à vie, le mythe familial bien ancré qu’on te ressort régulièrement pour te faire culpabiliser. J’ai 25 ans, a priori ma vie n’est pas finie. Si ce qui vous angoisse c’est que, pendant ce temps, je ne m’occupe pas de faire de vraies choses (vous savez, se marier, faire des gosses), n’ayez crainte : ce n’est pas tant les études que mon désir intrinsèque qui me pousse à ne pas sacrifier au sacrosaint rite de la femelle humaine. Du moins pas tout de suite.

Il y a aussi les gens qui te soutiennent. Enfin, qui te soutiennent (ce sont néanmoins ceux qui ont le plus de chances de te comprendre, au final). « Mais pourquoi tu passes pas l’agreg ? Ah mais tu vas te retrouver con à la fin de ta thèse, sans concours. » Mais je veux pas de concours ! Je veux pas être prof ! Et là on y est, la pure raison de mon choix : me faire plaisir. A moi. Toute seule. Quel égoïsme ! Oui, parce qu’être heureuse, dans notre bas monde, c’est être égoïste. Les gens ont tellement intégré l’idée qu’ils devaient se faire chier un minimum dans la vie, ils ne tolèrent pas de rencontrer quelqu’un qui a décidé que non, en fait, c’est pas comme ça que j’ai envie de faire.

Tout ce que l’on fait doit forcément avoir une utilité, et là j’entends pour la société bien sûr. Être utile à soi, c’est-à-dire t’aider à être une meilleure personne, à t’épanouir, ça ne compte pas tu vois, parce que qui ça intéresse finalement ? « Pourquoi tu fais une thèse ? – Pour m’épanouir, pour me faire plaisir. – Oui, mais encore ? » Non, non, en fait c’est tout. « Pour faire avancer la science. » Haha, mais quelle science pauvre enfant ? La littérature, une science ? Mais toutes les recherches ne se valent pas voyons, tu sauves des gens toi ? Tu crées de nouveaux vaccins ? Etudier l’autobiographie ? Y’en a qui n’ont vraiment que ça à faire ! Oui, je n’ai que ça à faire, c’est même tout ce que je sais faire. Je suis un putain de parasite, qui va passer les trois prochaines années à lire, réfléchir et écrire, accessoirement garder des gosses car il faut bien bouffer. Merci de vos remarques utilitaristes culpabilisantes moralisatrices condescendantes. Car, aussi, bien sûr, si je pense comme ça c’est parce que je suis jeune, coincée dans cette éternelle adolescence qu’est la condition féminine. Je suis un peu hystérique aussi, à voir des jugements partout, à croire que la littérature aussi peut sauver des vies. Non, je n’ai pas fait médecine, ni une école d’ingénieur, j’ai même pas fini mon année d’hypokhâgne, mais putain qu’est-ce que j’ai été heureuse !

Et en fait, il y a aussi ceux qui te soutiennent. Vraiment. Ceux-là ils se reconnaîtront je crois, je veux juste leur dire merci, et que je les aime.

Suivez votre chemin, écoutez-vous.

Cœur.

LL

Ce n’est pas à nous d’avoir honte !

Chaque année en France 75 000 femmes sont violées. 200 par jour. 8 chaque heure qui passe. Toi, qui me lis, fais-tu partie de ces chiffres ? Une femme sur 10 a déjà été violée ou le sera un jour. Qui, autour de moi, se tait car elle a honte, se sent coupable secrètement, ne met tout simplement pas le mot « viol » sur ce qu’elle a vécu ? Cette année, un ami s’est fait casser le nez par un connard. A-t-il hésité avant d’en parler autour de lui ? Non. Et il a eu raison. Alors pourquoi, quand je me fais agresser sexuellement, quand je me fais violer, je n’ose pas dire ce qui s’est passé ? Aujourd’hui, ne nous taisons plus. Pour que les autres femmes n’aient plus honte de ce qui leur est arrivé. Pour que les hommes comprennent que la vie n’est pas un film et que le consentement est primordial, pour sortir des mythes sur le viol qui perdurent depuis trop longtemps.

Pétition à signer sur http://www.contreleviol.fr/

J’ai mis presque dix ans à comprendre que j’avais été violée. On se dit toujours que l’on ne se sentira pas coupable si cela nous arrive un jour, on se dit qu’on ira porter plainte. C’est sans compter sur ces fameux « mythes sur le viol » (je vous conseille vivement la lecture des articles d’Antisexisme à ce sujet, en lien plus haut) : on peut être violée par son mec, un ami, un parent dans la douce quiétude de sa chambre à coucher. La première fois, j’ai été violée par un homme que je connaissais depuis seulement quelques heures, j’avais 14 ans et il m’a obligée à lui faire une fellation. La deuxième fois j’avais 22 ans, j’ai ramené un homme chez moi mais j’avais trop bu. Quand je me suis finalement réveillée, il était en train de « finir ». Ces lignes sont les plus dures que j’aie eu à écrire de ma vie. Pour la première fois, concrètement, des mots sont mis sur ce qui m’est arrivé.

Le but de tout ceci n’est pas de m’apitoyer sur mon sort, ce n’est pas mon genre. Le but est de montrer à celles et ceux que je connais (mais aussi à celles et ceux que je ne connais pas) que le viol est un crime tristement banal mais qui ne doit pas être banalisé. Montrer que malgré ma grande gueule et ma belle assurance, malgré (ou peut-être bien à cause) le fait que j’assume pleinement ma sexualité, ça m’est arrivé, à moi aussi. Je sais très bien que des gens vont penser que je l’ai bien cherché. C’est bon, aujourd’hui je sais que ce n’est pas ma faute alors ces attaques je ne les écouterai pas. Je sais que des gens vont prendre cet article à la légère, ne pas me croire car le « viol-viol » n’arrive pas comme ça, ricaner dans leur coin car rien n’est sérieux pour eux. D’autres vont être gênés car « on ne parle pas de ces choses-là » et après ça ils ne pourront plus me regarder dans les yeux, ils seront mal à l’aise. Je sais aussi que certains de mes proches (très proches) vont découvrir tout cela à travers cet article. Excusez-moi de ne vous en avoir jamais parlé, c’était trop compliqué. Ce n’est pas votre faute non plus.

Ce n’est pas du sexe quand elle est saoule. Avoir des rapports sexuels avec une personne incapable de consentir = agression sexuelle

Ce n’est pas du sexe quand elle est inconsciente. Avoir des rapports sexuels avec une personne incapable de consentir = agression sexuelle

Ce n’est pas à nous d’avoir honte ! C’est pour cela que je parle aujourd’hui, malgré l’exposition que cela m’apporte et les critiques qui ne manqueront pas d’arriver. Vous aussi : parlez ! Pas forcément publiquement si vous ne vous en sentez pas capables mais parlez à vos proches, dénoncez vos agresseurs, foutez leur la honte et soyez fières de ce que vous avez accompli. Les agressions que j’ai subies ne me jugent ni ne me définissent, elles jugent et définissent ceux qui les ont perpétrées. J’aime toujours autant la vie et j’aime toujours autant baiser !

Battez-vous !

LL

« En réalité, chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même. » Marcel Proust, Le temps retrouvé

Alors que je me disais que j’avais envie de parler d’Emmanuel Carrère, qui est l’auteur sur qui je vais écrire ma thèse à partir de septembre, je suis retombée sur ce texte « de lecteur subjectif » écrit pour une UE de M2. Je me suis dit que c’était déjà pas mal comme première approche, bien que peu académique. J’espère en tout cas que cela vous donnera l’envie de lire Un Roman russe, si ce n’est déjà fait.

En réfléchissant à cet exercice, celui d’écrire un texte de lecteur subjectif sur un livre qui nous aurait profondément marqués, je me suis rendue compte qu’aucun titre ne me venait en tête. Ou alors trop, plein de livres, plein de souvenirs, tous différents et la plupart reliés à l’enfance. En tant qu’étudiante en Lettres modernes et grande lectrice, si je puis me permettre, j’aimerais pouvoir désigner un livre, LE livre, celui qui aurait influencé ma personnalité de lecteur, qui aurait façonné mes goûts et m’aurait marquée à tout jamais. Mais je ne peux pas. Dès que ma décision s’arrête sur l’un, je me sens profondément triste d’abandonner l’autre. Je sais bien que les écrivains qui parlent de leur expérience de lecteur font un choix, qu’ils omettent, qu’ils sélectionnent sciemment pour faire passer un message plus profond et travaillé. Je ne suis pas un écrivain et c’est peut-être aussi pour cela que je trouve l’exercice périlleux et même un peu présomptueux. Je voulais choisir un roman connu pour faire ressortir une lecture singulière, mais en effet nous sommes quand même en majorité le même lecteur. J’ai finalement choisi de parler de ma relation avec Emmanuel Carrère et plus particulièrement avec le récit autobiographique Un roman russe, sur lequel j’ai écrit mon mémoire de Master 1.

A vrai dire, je ne me souviens plus de ma première lecture de ce livre, j’imagine que j’ai été touchée puisque j’ai décidé d’en faire le centre de ma vie pendant un an (voire plus). Ce qui me fascine est en fait la façon dont je le perçois maintenant. Comme je l’ai dit plus haut, je considère avoir une réelle relation avec ce livre, il fait partie de ma vie, de moi. Je l’ai lu des dizaines de fois, j’en ai corné les pages, je le connais pas cœur et pourtant je ne m’en lasse jamais. Parfois, un événement, ou juste un mouvement de pensée, m’évoque un passage de ce livre et alors je le reprends, je le feuillette jusqu’à retrouver la phrase parfaite, celle à laquelle je pensais. Il est posé à côté de mon lit, jauni, annoté, poussiéreux, mais près de moi, à portée de la main. J’ai déjà pensé à en racheter un nouvel exemplaire mais je recule toujours, le mien est plein de vie, de ma vie. Je m’aperçois soudain qu’Emmanuel Carrère n’est pas si connu que ça, Un roman russe non plus. Je vous en propose donc un résumé qui, sans doute, serait déjà un texte de lecteur.

Emmanuel Carrère est un auteur français contemporain, fils de l’éminente secrétaire de l’Académie française Hélène Carrère d’Encausse. J’écris ces mots le 9 décembre 2011 et il s’avère que Manu (oui, je l’appelle Manu maintenant, il n’est pas au courant mais dans mon imaginaire nous sommes des amis proches) est né le 9 décembre 1957, il a donc aujourd’hui 54 ans. C’est un intellectuel parisien de droite, qui côtoie des gens de son milieu, c’est-à-dire des gens qui n’ont pas besoin de travailler à plein temps pour vivre, c’est un « fils de ». Il a fait Sciences-Po dans sa jeunesse et, grâce à son réseau déjà bien formé par maman et papa, il s’est retrouvé propulsé journaliste et critique de cinéma. Personnellement, c’est un métier que j’aurais adoré faire, dont j’ai rêvé très longtemps, mais mes parents n’étant que de simples professeurs certifiés de province, j’ai vite laissé tomber l’idée. Bref, est-il besoin de le préciser ? , Emmanuel Carrère, en tant qu’homme, m’énerve profondément. Je le trouve antipathique, sûr de lui et de sa supériorité. De plus, il est de droite, ce qui n’est pas pour me le rendre plus agréable. En tant qu’écrivain, il est égocentrique, égoïste même je dirais. Il m’énerve et en même temps toutes ces faiblesses, ces défauts qui le caractérisent, il ne s’en cache pas et cela le rend profondément humain.

Un roman russe est un récit autobiographique paru en 2007 mais dont le processus d’écriture a commencé bien avant, puisque les premiers évènements relatés datent de 2000. Manu y mêle différentes histoires qui peuvent sembler complètement étrangères les unes aux autres mais qui sont finalement liées par un même dénominateur commun : l’auteur lui-même. Il est envoyé en Russie, dans la petite ville de Kotelnitch, pour tourner un reportage sur Andras Toma, prisonnier hongrois durant la seconde guerre mondiale, puis déporté à l’hôpital psychiatrique de cette fameuse ville et jamais renvoyé dans son pays, oublié, si l’on veut, par l’immense URSS puis la Russie en reconstruction. Ce n’est qu’en 2000 qu’une journaliste locale relaye l’information de son existence, créant de véritables déchaînements en Hongrie, chacun s’imaginant qu’il s’agit du frère ou du mari disparu plus de cinquante ans auparavant. Durant ces cinquante-trois années de détention, le patient Toma n’a jamais appris à parler le russe, autour de lui personne ne parlait le hongrois. Lorsqu’on le retrouve, ce n’est plus sa langue maternelle qu’il parle mais un idiome personnel, qu’il s’est fabriqué au fil des ans.

Ce genre d’histoires fascinent Carrère, elles me fascinent moi aussi. Je ne saurais expliquer ce qui se passe dans ma tête à ce moment-là mais je suis irrésistiblement attirée par ces expériences limites, la capacité qu’a l’homme de faire du mal à ses congénères me terrifie autant qu’elle m’hypnotise. Manu a aussi écrit un livre sur l’affaire Jean-Claude Romand, L’Adversaire. Il s’agit d’un homme qui a fait croire à sa famille, ses amis, tout son entourage, qu’il était médecin, et ce pendant vingt ans. Son secret sur le point d’être découvert, il a tué ses parents, sa femme, ses deux enfants et tenté de se suicider. C’est une histoire vraie, l’être humain peut faire ça. Et surtout, l’être humain, malgré les actes terribles qu’il a commis, tentera toujours de s’en sortir : l’instinct de survie est plus fort que tout. Plus fort que la culpabilité, plus fort que la tristesse, plus fort que la certitude que plus jamais personne ne vous regardera comme avant. Ces mécanismes m’intéressent, ils intéressent Carrère, je m’intéresse à Carrère : la boucle est bouclée.

Ce n’est pas seulement pour ça que Carrère s’intéresse au destin tragique d’Andras Toma. Il y a une raison plus personnelle qui le pousse à se rendre en Russie et à enquêter sur cet homme et il l’explique assez vite dans son livre. Le grand-père d’Emmanuel Carrère, Georges Zourabichvili, est né en Géorgie à la fin du XIXème siècle et a émigré en France dans les années 1920 avec sa femme. Ils auront deux enfants, l’aînée s’appelle Hélène et est promise au glorieux destin que nous connaissons. Durant l’Occupation, Georges Zourabichvili collabore (pas trop méchamment précise Carrère) et, à la Libération, il est emmené par des hommes pour ne plus jamais revenir. Manu nous dit que c’est le traumatisme de sa mère plus que le sien, cependant il est persuadé qu’enquêter sur cet homme, en parallèle de son reportage sur le Hongrois, leur fera du bien, à sa mère autant qu’à lui-même. Il est persuadé que (ré)apprendre le russe lui permettra de décoincer des choses en lui, de sortir de la dépression chronique qui le tenaille depuis quasi-toujours comprend-on. Emmanuel Carrère est à la fois un homme très intelligent et qui analyse bien ses réactions, ses rapports aux autres, et à la fois un homme qui me semble personnellement très naïf, voire bête, lorsqu’il se livre à ce genre de pensées magiques, comme quoi il est le jouet impuissant d’un destin vengeur et terrible.

Je comprends que Mme Carrère d’Encausse ait été traumatisée par cet événement, on le serait à moins. Je comprends la volonté de son fils de l’aider dans cette épreuve qui la fait souffrir depuis plus de soixante ans maintenant. Ce qui me semble plus problématique c’est la façon qu’il a de croire, comme évoqué plus haut, que c’est la figure de son grand-père qui le hante aujourd’hui et l’empêche d’être heureux. Nous comprenons également que son rapport au père est compliqué mais il ne s’épanche pas la-dessus, préférant s’intéresser à ses relations avec sa mère qui, très vite, lui interdit d’écrire sur l’aïeul maudit. Tout cela me parle ayant moi-même un père qui n’a jamais (ou si peu) connu le sien. C’est une histoire dont on ne parle pas, ou très rarement, mais elle est là, présente quelque part. Ce traumatisme est celui de mon père, pas le mien, mais je suis triste pour lui. J’imagine le petit garçon qu’il était lorsque son père a disparu et je pleure. Emmanuel Carrère raconte à propos de son oncle, le jeune frère de sa mère qui avait huit ans en 1944 :

Après guerre, quand Nicolas partait en vacances chez des amis de la famille ou en camp scout, il écrivait chaque semaine une carte postale à sa mère, et à la fin de chacune de ces cartes postales il répétait la même petite histoire.

« Quand Papa reviendra on entendra toc-toc.

C’est qui ?

C’est Papa qui est bien content de revenir voir Maman, Hélène et moi ! »

Toc-toc. Toc-toc. Jusqu’à quand y a-t-il cru ?

Cela fait partie des passages que je relis régulièrement parce que je le trouve si beau et si triste à la fois. Je vois mon père dans ces mots.

Toute cette histoire familiale est alliée à l’histoire d’amour que vit Manu à cette époque avec une jeune fille prénommée Sophie. Histoire d’amour tragique entre deux individus de classes complètement différentes, histoire d’amour bancale qui ne trouvera jamais son équilibre et finira par sombrer, inéluctablement. Carrère juge sa compagne et, comme il le dit lui-même, ses jugements le jugent. C’est dans cette partie qu’il apparaît le plus imbuvable, en fait il a honte d’elle. Et il a honte d’elle parce qu’elle n’appartient pas au même monde que lui, elle travaille par nécessité. Sophie, en plus d’être une femme, a donc un autre point commun avec moi : elle vient du même monde, de la même classe sociale. Au contraire de Carrère, elle m’apparaît très sympathique. C’est une femme amoureuse et désespérée, qui ne sait plus à quel saint se vouer pour que son couple fonctionne. Elle est courageuse et, en plus, elle est belle. Si Un roman russe avait été un roman, j’aurais aimé que l’auteur s’attarde plus sur ce personnage, elle aurait sans conteste été mon héroïne. Elle est d’ailleurs bien l’héroïne d’un texte qu’a écrit Carrère et qui m’a longtemps laissée perplexe.

En 2002, Manu se voit confié un projet par le quotidien Le Monde : écrire une nouvelle sur le thème du voyage pour leur supplément estival. Il choisit d’écrire un texte érotique dont la principale destinataire est sa compagne, mon héroïne. Ce texte, il l’insère, in extenso, dans Un roman russe car il représente selon lui l’échec de leur relation. Il m’a laissée perplexe car il est très cru, plutôt mal écrit selon moi, et profondément intime. Carrère en fait des tonnes dans le graveleux et le déballage, lui que je trouve habituellement si fin et mesuré. Son projet affiché est de faire de la littérature performative, c’est-à-dire influencer le réel. La nouvelle paraît dans Le Monde le jour où Sophie doit le rejoindre, en train, à La Rochelle. Il s’adresse directement à elle à l’aide de la deuxième personne du singulier, mais également à toutes les autres lectrices, dans le but de les faire jouir à la lecture de sa nouvelle. Je le trouve présomptueux dans ce texte et je n’aime pas la façon dont il utilise le personnage de Sophie qui est, enfin, héroïne mais pas à la manière dont je le voudrais. Ce sont bien sûr ici des critiques très personnelles et qui ne regardent que moi. Cependant, dans une dimension purement littéraire, je trouve cet exercice passionnant et intéressant. L’effet de lecture recherché par l’auteur est, me semble-t-il, rare et innovant. La façon dont il réutilise la nouvelle dans l’économie d’Un roman russe est très intelligente et aide le lecteur à mieux percevoir ses relations avec Sophie, et les femmes en général.

Ce qui me vient à l’esprit, donc, lorsque je pense à Un roman russe et à Emmanuel Carrère en général, c’est un sentiment de familiarité, de complicité presque. Ce livre et cet auteur font partie de ma vie de la façon la plus complète qui soit puisqu’ils sont le point de départ de mon travail de recherches mais aussi parce qu’ils me touchent dans mon intimité, dans ma vie privée. Je ne sais pas quels liens unissent les autres étudiants à leurs sujets de recherches mais j’ai parfois l’impression que ma relation avec Manu est unique, presque fusionnelle. En cela je peux dire finalement, sans crainte de dénigrer d’autres livres, qu’Un roman russe est l’ouvrage qui m’a vraisemblablement le plus marquée dans ma vie de lectrice. C’est une relation compliquée qui allie l’attirance à la répulsion, l’amour à la haine, l’intérêt à l’indifférence. Plus je trouve Carrère détestable en tant qu’homme et plus j’admire son travail en tant qu’écrivain puisqu’il se présente sans complaisance et sans fausse modestie. Il finit Un roman russe par une très émouvante lettre à sa mère dans laquelle il explique pourquoi il était vital pour eux deux qu’il écrive ce livre, malgré l’interdiction maternelle. J’en connais les dernières phrases par cœur :

Le livre est fini, maintenant. Accepte-le. Il est pour toi.

J’aimerais un jour pouvoir écrire un tel livre à mon père et le lui donner avec fierté, et joie, et j’aimerais qu’il en soit fier, lui aussi.

Bye Bye BU !

Aujourd’hui, jeudi 16 mai 2013, c’est mon dernier jour de travail à la BU, je suis bonheur \o/

Laissez-moi vous expliquer pourquoi être moniteur de rangement à la BUC du M*** (un peu d’anonymat que diable !) est probablement un des pires jobs qui puisse exister. Et premièrement, à cause de la réaction que vous avez en ce moment même « elle exagère quand même, ça doit être plutôt la planque de bosser en BU », haha, gotcha ! Et oui, à chaque fois que tu croises quelqu’un à qui tu dis ce que tu fais, c’est toujours la même chose : « ah ouais, tu bosses à la BU, trop cool ! » Nan, c’est pas trop cool ><

En fait, les premiers inconvénients arrivent au bout de trois mois environ, quand ton dos a pris 20 ans d’un coup à force de se baisser en permanence pour ranger les bouquins. Tu dors mal, t’as mal assis, debout, couché, bref, t’as mal tout le temps. Un mois plus tard, c’est les genoux qui demandent grâce parce que tu as pris la sage décision de fléchir les jambes pour soulager ton dos… Je n’vous cache pas qu’à la fin tu élabores des plans plus farfelus les uns que les autres pour ranger les livres sans avoir à bouger. Perso, ma solution fétiche est de m’asseoir entre deux rayons pour bouquiner : ça a le mérite de reposer mais pour ce qui est du rangement c’est nettement moins efficace.

La diminution physique n’est en fait que la deuxième phase, puisqu’avant tu auras déprimé en voyant que tes collègues sont tous dégoûtés de bosser là et que ta chef te dit des trucs du style « j’ai eu un gros coup de fatigue » qui sonnent à tes oreilles comme un « j’me tirerais bien une balle » tout ce qu’il y a de plus enjoué ! Je passe sur la période parano où tu réalises que personne ne te dit bonjour ou ne serait-ce qu’un p’tit « range plus vite connasse ! » et où tu commences à prendre ça pour toi. Ensuite tu réalises qu’en fait les gens qui bossent là-bas n’en ont juste rien à foutre de personne et qu’ils veulent passer leur journée le plus peinard possible… Fatalement, tu finis par adopter la même attitude sympathique parce que merde, y’a pas d’raison. Mon seul regret est de ne pas avoir suffisamment sympathisé avec les gens pour pouvoir me barrer aujourd’hui en leur lançant un bon « à plus les tocards ! »

Pour finir, j’aimerais parler de la torture psychologique que c’est de devoir ranger des livres, et surtout pour une personne un peu « carré » comme moi. En fait, ta tâche n’est jamais finie. Un jour, la salle de pré-rangement est vide et tu pars satisfaite, 2 semaines plus tard il y a des livres partout et parfois même des livres que tu as déjà rangés (HORREUR !) J’ai réalisé à cette occasion que je suis finalement assez maniaque (je sens que cette affirmation va en faire ricaner plus d’un mais j’assume) et je veux que les choses soient bien rangées. L’autre torture consiste à bosser entourée d’étudiants ignares qui te posent des questions débiles en permanence (je sais de quoi j’parle, j’en suis une moi aussi) : « madame, je cherche un livre », oui donc tu es dans le bâtiment approprié c’est un bon début déjà ! Juste, pour info : il y a 350 000 bouquins à la BU où je travaille travaillais (yes !), donc PLEASE soyez compatissants avec les pauvres gens des bibliothèques universitaires et apprenez à chercher ! (en plus y’en a qui disent que ça sert quand on fait des études supérieures…)

Je vous embrasse.
LL

Grâce à Google Images, voici un merveilleux aperçu du 4ème étage Sud et de la cote 800 (on voit même mon petit chariot, c’est fantastique)