Quelques réflexions sur le viol et le consentement

Suite à la publication d’un dessin par le zine l’Echo des sorcières et les discussion qu’il a engendrées (discussions qui ont vite dégénéré vers le classique « vous les méchantes féministes vous détestez les hommes ») ainsi que des conversations antérieures que j’ai pu avoir avec des camarades féministes, je m’interroge sur notre façon de percevoir les violeurs et le(s) viol(s). J’insiste sur le fait que ce sont des *interrogations*, je n’ai pas de réponse toute faite et je ne prétends pas avoir accès à l’objectivité suprême en ce domaine (note : ayant tous et toutes baigné-es dans la culture du viol depuis notre enfance, aucun-e de nous n’a accès à l’objectivité suprême en ce domaine).

À la base, un homme est venu poser des questions que pour ma part je trouve intéressantes, sur les différents « types » de violeurs (expression qui ne me convient pas totalement, j’y reviendrai) et sur les moyens à mettre en place pour diminuer le nombre de viols. Bon encore une fois le type s’est avéré être un de ces horribles « alliés » qui adorent théoriser sur des expériences vécues et ce sans prendre en compte la parole des premièr-es concerné-es. Ce qui, petit aparté, me conforte encore un peu plus dans l’idée que la non-mixité sur ce genre de sujets est primordiale. Néanmoins je trouve régulièrement au sein des mouvements féministes des discours du type « les violeurs sont des horribles personnes » ou encore « Les gens qui agissent ainsi n’ont pas besoin qu’on les aide. Faut les punir c’est tout. » qui finalement se rapprochent pas mal du « les violeurs sont des monstres » selon moi. Déshumanisant ces personnes, on en arrive finalement à occulter la source première du problème. Oui, oui, c’est toujours le même : patriarcat. On fait du viol quelque chose d’extraordinaire, qui serait le fait de personnes « déviantes », qui ne suivent pas la loi sociale. Et pourtant, je l’écrivais déjà en 2014 :

Avoir violé quelqu’un ne fait pas forcément de vous un monstre, ou une horrible personne, cela fait simplement de vous quelqu’un qui est né, a été élevé et éduqué dans une société patriarcale où la culture du viol sévit. Cela fait de vous quelqu’un qui a intégré l’idée que votre partenaire par exemple (ou une personne qui vous a invité chez elle) vous doit des relations sexuelles. […] Il y a une incapacité à admettre que l’on s’est trompé, que l’on a merdé, que l’on a blessé ou agressé quelqu’un, pourtant la seule manière de réparer ça est de l’accepter et s’excuser.

Les « types » de violeurs donc. Pour ma part, oui je fais clairement la distinction entre une personne qui viole sciemment sans aucune remise en question et une autre qui réalise a posteriori avoir agressé quelqu’un et tente de faire amende honorable. Libre à la victime d’accepter ou pas ces excuses, d’engueuler la personne, de décider qu’elle ne veut plus jamais la voir, de l’outer auprès de ses proches, de porter plainte, etc. Et dans tous les cas, mon soutien inconditionnel sera du côté de la victime (personnellement ma limite se place au niveau de la froide violence physique, c’est-à-dire qui sortirait du cadre de la légitime défense, cadre néanmoins largement perfectible comme on l’a vu lors du procès de Jacqueline Sauvage). Mais je ne veux pas déshumaniser pour autant le violeur. Ai-je ici besoin de préciser que vouloir comprendre ça n’est pas déjà excuser ? (coucou Manu) Et il me semble (là aussi je peux me tromper) que c’est en comprenant que l’on parviendra peut-être à faire évoluer les mentalités sur la question du viol et du consentement.

Un de mes amis, à mon contact, a réalisé un jour qu’il avait violé. Il le dit, il a mis le mot « violeur » sur sa personne. Je suis quasiment persuadée qu’il ne violera plus jamais. Dans notre société, le violeur c’est toujours l’autre, on ne se remet jamais en question soi-même parce que ça fait mal, parce que le mot lui-même est perçu comme une insulte. Ne vous attendez pas à ce que l’on vous félicite si vous admettez avoir violé pour autant. Je n’ai pas félicité mon ami, par contre je me suis sentie heureuse pour les futures femmes qu’il rencontrera. J’en suis arrivée à un point où un homme qui admet avoir violé m’inspire presque plus de confiance qu’un homme qui s’exclame de toute sa supériorité « quoi ? Moi, violer ? Mais jamais, c’est impossible ! » parce qu’au fond de moi je suis intimement persuadée qu’une majorité d’hommes a déjà violé, et pour autant je ne considère pas ces personnes comme le mal absolu, je suis amie avec certains d’entre eux, je couche avec certains autres (parfois les mêmes), et il y en a un bon paquet que j’aime et respecte profondément.

Les « types » de viols maintenant. Parce que oui, je fais aussi la distinction entre différents types de viols, parce que contrairement à ce que dit une image féministe bien connue, le viol est intimement lié à la sexualité, on pourrait même dire qu’il en fait partie. Et c’est en cela qu’il est insidieux, car dans notre société patriarcale le non-consentement féminin est vu comme sexy, et le consentement explicite comme un tue l’amour. Parce que parfois c’est la personne qu’on aime qui nous viole, sans s’en rendre compte, et qu’après on en parle, et qu’après ça va mieux. Ou pas. Parce que parfois c’est une personne qui hait ce que nous représentons qui nous viole, pour nous punir d’être qui l’on est, d’aimer qui l’on aime, avec la volonté manifeste et explicite de nous faire du mal. Parce que parfois on met des années à réaliser ce que l’on a vécu. Et parfois on le sait dès la première seconde. Encore une fois, une seule personne peut savoir ce qu’il en est : la victime. Et voilà pourquoi il est inepte et même insultant de vouloir hiérarchiser des situations imaginaires, « en théorie ». C’est pas la hiérarchie en elle-même qui me choque (après tout si une victime me dit que tel viol était pire pour elle que tel autre, qui suis-je pour remettre ça en question?), mais c’est le fait d’inventer des situations pour le besoin de l’argumentation. Parler du viol « en théorie », « dans l’absolu », sera au mieux maladroit, parce qu’il n’existe pas UN viol type, et parce que chaque victime est un-e individu-e avec son histoire, son passé, son ressenti propres.

En disant tout cela je ne veux nullement pousser toutes les victimes de viol à essayer de comprendre leurs agresseurs. Encore une fois, c’est à chaque victime de voir, de décider, comment elle peut/veut réagir, et il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réaction. Ce sur quoi je m’interroge ici c’est plutôt un unanimisme du discours qui verse parfois jusqu’à l’essentialisme : LE viol, LA victime, LE méchant violeur, LA victime détruite à vie. Il se trouve que j’ai été violée et que je vais bien, merci. Non, ma vie n’est pas détruite. Je sais que la vie de certaines victimes l’est, j’en ai lu, écouté beaucoup ces dernières années. Je sais que certaines personnes préfèrent le terme de « survivante » qui personnellement me paraît très fort, mais que j’emploie pour les désigner si elles me le demandent. En fait, je dois dire que ces discours me mettent mal à l’aise car ils me donnent l’impression de ne pas exister, même dans « mon » camp. Je savais depuis longtemps que je n’étais pas une « bonne victime » de viol pour la société, je m’y fais. La sensation que j’ai eue, aujourd’hui, d’invisibilisation de mon vécu par des camarades, celle-là je ne veux jamais pouvoir m’y habituer.

Merci.

LL

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