La communication avec un dominant : l’éternelle incompréhension ?

Que vous le vouliez ou non, dans notre société, il y a des dominant.e.s et des dominé.e.s (le « e » à dominant c’est juste pour la forme, dans la majeure partie des cas il s’agit d’hommes). Le dominant absolu c’est donc l’homme blanc hétérosexuel cisgenre valide (p’tain à un critère j’y étais !). Etant moi-même blanche hétérosexuelle cisgenre et valide, je peux donc me retrouver en situation de dominante, lorsque je suis avec une femme noire par exemple, ou un.e transexuel.le. Qu’on ne s’y trompe pas : je ne pense pas être supérieure à ces personnes, tout comme je ne pense pas que le dominant absolu me soit supérieur, je ne pense pas qu’il y ait de différences essentielles entre nous. Je ne dis pas non plus que le dominant cherche à atteindre cette position, ni même qu’il s’y sente heureux. Ceci dit, même en voulant à toute force échapper à sa condition de dominant, on le reste bel et bien. Ce qui crée cette relation dominant.e/dominé.e, c’est la façon dont nous sommes perçu.e.s par la société. Ainsi, de manière générale, le « dominant absolu » décrit ci-dessus sera favorisé dans la majeure partie des situations. Depuis sa naissance, il n’a jamais eu de problème grave du fait qu’il appartienne à telle ou telle classe, on ne l’a jamais traité de « sale bougnoule », on ne l’a jamais regardé de travers pour ce qu’il était, on ne l’a jamais violé. Et là, c’est le moment où tout un tas de dominants se sentent attaqués, reniés : « mais moi aussi j’ai souffert dans ma vieuuh, et les viols d’hommes ça existe, et blablabla ». Oui, le dominant est susceptible. Le dominant aime se regarder le nombril : normal, en même temps, on lui a toujours appris que tout lui était dû.

Cher dominant qui me lis, je ne parle pas de toi PERSONNELLEMENT quand j’écris cela. J’écris de façon générale. Je décris la majorité des cas de notre société. Bien sûr que toi aussi tu peux souffrir. Ceci dit, cette souffrance n’est en rien comparable à celle vécue par les dominé.e.s au quotidien. Donc, si tu veux devenir une meilleure personne, laisse les parler, pour une fois.
Accessoirement, cher dominant qui ne t’es pas senti agressé individuellement par le premier paragraphe : cool.

Tout ça pour venir au point qui m’intéresse plus particulièrement aujourd’hui : la communication avec un dominant. Vaste programme. Que nous soyons dominant.e ou dominé.e, dans notre société, nous devons satisfaire à plusieurs injonctions. L’homme doit être viril, la femme féminine par exemple. L’homme doit garder ses poils, la femme les enlever. Ce genre de trucs super logiques dont on ne comprend pas l’utilité mais qu’il faut appliquer, au risque de passer pour de dangereux parias. Cependant, en tant que dominant absolu, l’homme blanc hétérosexuel cisgenre valide peut se soustraire aisément à certains devoirs. De plus, la société lui mettra moins de pression et aura tendance à être plus laxiste envers lui. (Pour ceux qui veulent des chiffres, des arguments plus développés, vous pouvez aller ici.) De là découle une certaine incompréhension du dominant quant aux questions que peuvent se poser les dominé.e.s. Et là je parle du dominant plein de bonne volonté, qui fait un effort pour tenter de comprendre le/la dominé.e. Le dominant méchant se contentera de vous sortir une blague raciste/sexiste/homophobe, tout en vous disant que vous n’avez vraiment pas d’humour et que de toute façon c’est la vie, les noir.e.s/arabes/femmes/homosexuel.le.s sont moins bien/moins forts/moins tout ce que vous voulez, que lui, le dominant, qui est absolument génial et qui connaît aussi la souffrance d’être rejeté parce qu’une fois une salope une femme n’a pas voulu de lui, ouin ouin. Donc lui on l’oublie parce que concrètement j’ai pas envie de perdre de temps avec ce genre de connards. Bye bye connard, bonne journée ! 🙂

Non, ici il sera question du dominant absolu « gentil », celui qui comprend bien qu’il y a hiérarchie dans notre bas-monde, qui est contre la guerre, mais faut pas pousser mémé dans les orties non plus, il est contre les inégalités en principe mais militer c’est fatigant. Lire des textes sur la domination masculine, et puis quoi encore ? En même temps, je peux comprendre ce genre de comportements, si j’étais un dominant absolu je crois bien que je me la coulerais douce aussi ! Seulement voilà, un dominant absolu entretient des relations avec des dominé.e.s (au moins sa femme quoi ! oui, vu qu’il est hétéro), il ne peut donc pas agir comme si leurs problématiques lui étaient complètement étrangères. Il ne peut pas, s’il a un minimum de bonne foi, faire comme s’il n’y avait aucun problème. Il ne peut pas nier la souffrance que vivent les dominé.e.s de son entourage. Cette amie qui ne peut pas s’habiller comme elle veut pour sortir sous peine de harcèlement ? Cette autre qui s’est faite violer ? Et celui-là dont quelqu’un a dit qu’il sentait car il avait la peau noire ? Toutes ces personnes qui n’osent pas se dévoiler, qui se suicident car leur orientation sexuelle est jugée blâmable par des intégristes qui défilent ? Dominant absolu, seul le hasard a fait que tu ne sois pas l’un d’eux.

Comment, alors, communiquer avec ces personnes qui sont stigmatisées alors que tu ne l’es pas ? Ecoute-les. Ne remets pas en doute leur ressenti, ne juge pas ridicule le fait qu’elles suivent des injonctions qui ne te touchent pas. En tant que femme, on m’a appris que je devais être épilée pour sortir. Trouvé-je cela ridicule ? Oui. Le fais-je quand même ? Non, plus maintenant (et encore, pas tout le temps), mais je l’ai fait pendant des années, et il me faut du courage pour oser le faire. Ainsi, je ne jugerai jamais une femme qui s’épile alors même qu’elle trouve cela ridicule. Dominant, ne le fais pas non plus. Ne pose pas des questions du style « Pourquoi le fais-tu alors que tu dis toi-même que c’est une injonction patriarcale ? ». La réponse est toute simple : parce que je vis dans une société patriarcale qui me fait me sentir encore plus marginale si je ne suis pas ses injonctions, parce qu’on m’a élevée en me disant que c’est comme ça que les choses se passent, parce que tout le monde, autour de moi, me regarde bizarrement si je ne le fais pas. Le dominant absolu ne se rend pas compte de la force de ces discours normatifs tout simplement car il ne les vit pas dans sa chair – si j’ose dire. Ainsi, sans explications préalables sur la force de cesdits discours, la communication semble vraiment compliquée avec un dominant. Il analysera en effet vos dires à l’aune de sa propre réalité, sans penser à les remettre en perspective. C’est alors à nous de le leur expliquer. Oui, je sais, c’est chiant de toujours devoir interpeller le dominant pour qu’il veuille bien s’abaisser à regarder vers nous, alors ne le faites qu’avec ceux que vous aimez vraiment, ceux qui font des efforts, ceux qui s’intéressent réellement à vous.

Vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas.

Kiss love flex

LL

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Une thèse, pour quoi faire ?

Depuis que j’ai décidé de faire une thèse et que je partage cette information avec mon entourage, j’ai eu droit à peu près un milliard de fois (oui, j’ai un entourage méga nombreux) à la même question : « Mais ça sert à quoi une thèse de Lettres modernes ? ». Par « servir », entendez « Quels sont les débouchés professionnels ? » bien sûr. Oui, parce que le seul but, dans la vie, est d’avoir un travail, si possible bien payé, qui corresponde à ton niveau d’études et qui te permette, in fine, de rentrer dans le rang. Faire de la recherche bénévolement, ce n’est pas un vrai travail. Je suis donc une fausse travailleuse depuis deux ans, et je rempile pour trois ! Super ! Notez qu’en entamant ma huitième année d’études supérieures, j’en suis déjà à huit de trop selon certains. L’étudiante à vie, le mythe familial bien ancré qu’on te ressort régulièrement pour te faire culpabiliser. J’ai 25 ans, a priori ma vie n’est pas finie. Si ce qui vous angoisse c’est que, pendant ce temps, je ne m’occupe pas de faire de vraies choses (vous savez, se marier, faire des gosses), n’ayez crainte : ce n’est pas tant les études que mon désir intrinsèque qui me pousse à ne pas sacrifier au sacrosaint rite de la femelle humaine. Du moins pas tout de suite.

Il y a aussi les gens qui te soutiennent. Enfin, qui te soutiennent (ce sont néanmoins ceux qui ont le plus de chances de te comprendre, au final). « Mais pourquoi tu passes pas l’agreg ? Ah mais tu vas te retrouver con à la fin de ta thèse, sans concours. » Mais je veux pas de concours ! Je veux pas être prof ! Et là on y est, la pure raison de mon choix : me faire plaisir. A moi. Toute seule. Quel égoïsme ! Oui, parce qu’être heureuse, dans notre bas monde, c’est être égoïste. Les gens ont tellement intégré l’idée qu’ils devaient se faire chier un minimum dans la vie, ils ne tolèrent pas de rencontrer quelqu’un qui a décidé que non, en fait, c’est pas comme ça que j’ai envie de faire.

Tout ce que l’on fait doit forcément avoir une utilité, et là j’entends pour la société bien sûr. Être utile à soi, c’est-à-dire t’aider à être une meilleure personne, à t’épanouir, ça ne compte pas tu vois, parce que qui ça intéresse finalement ? « Pourquoi tu fais une thèse ? – Pour m’épanouir, pour me faire plaisir. – Oui, mais encore ? » Non, non, en fait c’est tout. « Pour faire avancer la science. » Haha, mais quelle science pauvre enfant ? La littérature, une science ? Mais toutes les recherches ne se valent pas voyons, tu sauves des gens toi ? Tu crées de nouveaux vaccins ? Etudier l’autobiographie ? Y’en a qui n’ont vraiment que ça à faire ! Oui, je n’ai que ça à faire, c’est même tout ce que je sais faire. Je suis un putain de parasite, qui va passer les trois prochaines années à lire, réfléchir et écrire, accessoirement garder des gosses car il faut bien bouffer. Merci de vos remarques utilitaristes culpabilisantes moralisatrices condescendantes. Car, aussi, bien sûr, si je pense comme ça c’est parce que je suis jeune, coincée dans cette éternelle adolescence qu’est la condition féminine. Je suis un peu hystérique aussi, à voir des jugements partout, à croire que la littérature aussi peut sauver des vies. Non, je n’ai pas fait médecine, ni une école d’ingénieur, j’ai même pas fini mon année d’hypokhâgne, mais putain qu’est-ce que j’ai été heureuse !

Et en fait, il y a aussi ceux qui te soutiennent. Vraiment. Ceux-là ils se reconnaîtront je crois, je veux juste leur dire merci, et que je les aime.

Suivez votre chemin, écoutez-vous.

Cœur.

LL