Simone de Beauvoir, La femme rompue, Gallimard, Paris, 1967

« La femme rompue est la victime stupéfaite de la vie qu’elle s’est choisie : une dépendance conjugale qui la laisse dépouillée de tout… »

La quatrième de couverture annonce la couleur. L’avertissement de Nao, aussi, quand elle m’a offert le livre : « Il faut être en forme, c’est pas facile ». C’est les vacances, mon anniversaire, il fait chaud, alors bien sûr que je suis en forme ! Allez, j’attaque !

Le livre de l’année (du siècle ?)

Tu attaques, et tu ne t’arrêtes plus. La femme rompue, c’est plus qu’un livre, plus qu’une écriture, plus que des mots. Tu peux même pas décrire cette sensation, ce trou dans le bide, ce goût de bile dans la bouche, les larmes qui coulent toutes seules, devant les gens, dans le train. Et qu’est-ce que tu t’en branles de ces gens qui te regardent, ahuris, interrogateurs, goguenards ! Pauvres fous, vous n’avez pas lu La femme rompue ? Mais alors, qu’est-ce que vous savez de la vie ? Qu’est-ce que vous savez du spleen, de la mélancolie, de l’infinie certitude qu’on va tous crever ? Qu’est-ce que vous savez du sacrifice ?

Ah, ce putain de sacrifice qui fait serrer les dents, qui donne envie de tabasser les murs jusqu’à c’qu’ils gueulent et de se défoncer jusqu’à tout oublier ! La femme rompue, ça vous met en colère, ça vous fait rire aussi, parfois. La femme rompue est un vrai personnage, beau, complet, multiple. Au travers des trois histoires qui constituent ce (trop) court recueil de nouvelles, ce sont trois caractères qui se développent, trois femmes, trois consciences, trois individualités. S. de Beauvoir se fait la magnifique rapporteuse de son époque désormais révolue (vraiment ?) : l’époque où la femme est un Autre dépendant de volontés qui ne sont pas la sienne. C’est génial, au sens étymologique, c’est-à-dire que Beauvoir y distille son génie avec brio, délicatesse, violence. Sa capacité à analyser son temps, à décrire le destin de trois femmes qui ne sont pas elle. Qu’on ne vienne pas me parler d’autobiographie ! Je me fiche de la relation Beauvoir-Sartre et je connais assez le talent de cette femme (et le contexte historico-littéraire, for god’s sake !) pour savoir qu’il s’agit de fiction, rien que de fiction. Mais quelle fiction, putain !

Il faut le lire pour le croire.

Dévorer les 250 pages, aller plus lentement, sur la fin, en espérant que ça ne s’arrête jamais. La femme rompue te prend et ne te quitte pas. La femme rompue, c’est à la fois ton plus beau rêve et ton pire cauchemar, ton meilleur ami et le plus gros connard que la terre ait porté. La femme rompue te secoue les tripes, prends-y garde !

Lisez Simone de Beauvoir, pleurez, riez, sentez-vous vivants ! Parlez-en à vos amis !

Liebe grüße !

LL

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