« L’analyse littéraire, c’est forcément subjectif. »

Eh oui, chers amis, tel est le genre de poncifs à la con que j’entends encore aujourd’hui… Moi-même j’y ai longtemps cru (à l’époque où je n’y connaissais rien quoi…), me demandant comment mes profs de français pouvaient affirmer telle ou telle chose sur ce qu’avait voulu dire tel ou tel auteur, mort des centaines d’années auparavant. La réponse tenait pourtant en une petite phrase des plus simples :

LES MOTS VEULENT DIRE QUELQUE CHOSE

Ça parait dingue comme ça mais il se trouve que c’est sur les mots que l’on s’appuie quand on fait une analyse littéraire. Je me souviens encore de mes camarades de Terminale scientifique ou autres sciences économiques et sociales qui me plaignaient, moi, la pauvre littéraire, parce que mon épreuve de philosophie au baccalauréat était coefficientée 7 et que, avec la philo, « tu sais jamais, ça dépend vraiment du correcteur sur lequel tu tombes, s’il est d’accord avec toi ou pas, alors qu’en maths, bin y’a qu’une seule bonne réponse, tu l’as ou tu l’as pas ! » Mais oui, BIEN SÛR ! RIGHT !

Vous aurez reconnu ce bon vieux Marcel, méditant sur le sens de la vie

Au fur et à mesure que je gravissais les échelons des études littéraires j’ai finalement touché du doigt ce qu’était l’analyse du même nom (littéraire quoi) : une équation. Oui, tout simplement, mesdames et messieurs, une petite équation. On a les données de base et celles-ci vont nous permettre d’accéder au sens. Ah, le sens ! Ce nectar si recherché ! Les données de base ? Les mots pardi ! Leur choix, leur agencement, leur forme particulière. Croire que le résultat d’une dissertation dépend de ce que pense celui qui la rédige et/ou de ce que pense celui qui la corrige, c’est se trouver de fausses excuses. On s’appuie sur des arguments tangibles, vérifiables, vérifiés, et sur des exemples qui viennent illustrer ces arguments. La différence avec les maths ? Là où celles-ci vous apprennent que 2+2=4 bêtement, sans vous poser de questions supplémentaires (« Madame, pourquoi 2+2=4 ? – Retourne à ta place et arrête de poser des questions aussi idiotes voyons ! »), l’analyse littéraire vous donne les clefs pour comprendre pourquoi un roman qui commence par « Aujourd’hui maman est morte » ne pourra pas se finir bien. L’analyse littéraire vous apprend à comprendre le discours qui vous entoure, et il n’y a rien de subjectif à cela.

Madame de Lafayette, votre héroïne m’exaspère !

En M2, j’avais une UE qui s’intitulait « Lectures subjectives machintruc », eh bien vous savez quelle en était la conclusion ? La lecture subjective ça n’existe même pas. Vous lisez La princesse de Clèves pour la première fois en 2013 et vous pensez vraiment que vous en aurez une vision neuve, inédite et pleinement personnelle ? Ne rêvez pas mes bons amis ! En plus de 3 siècles de vie, ce bouquin vous bat dans toutes les catégories.
L’autre conclusion qui émanait de ce cours, c’est qu’en tant que jeunes chercheurs en littérature il était très difficile – voire impossible – pour mes petits camarades et moi-même d’être subjectifs. C’était pourtant le but de notre examen et malgré cela ce fut une épreuve difficile pour chacune de nous. Comment, face à un objet dont je suis spécialiste, ne pas expertiser ? Cela n’a rien de subjectif une fois de plus, avec les années seulement le travail se fait plus rapidement, plus spontanément. Je distingue une tonalité tragique d’élégiaque, burlesque de comique, l’hyperbate n’a plus de secrets pour moi mais j’ai encore du mal avec la métonymie et la synecdoque, ça viendra, ça aussi. Tout cela, je ne le décide pas. C’est un autre, l’auteur, qui a choisi ses pions, ses cartes, toute autre métaphore du jeu à votre convenance. Il impose, ce terrible dictateur ! Et moi, pauvre petite scribouillarde, je ne fais que comprendre et expliquer à mes pairs ce qu’il a voulu dire. Je répands son génie pour les masses incrédules.

 

C’est pourquoi, en conclusion, et j’aimerais que vous me lisiez attentivement, j’affirme, je scande : je ne suis pas une artiste. Je suis une scientifique. Il y a des livres, des auteurs, des écritures, que je préfère à d’autres. Cependant, lorsque je décortique un texte, lorsque j’écris un travail de recherches, toute notion de valeur disparaît. Restent seulement les mots.

Lisez des livres !

LL

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« En réalité, chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même. » Marcel Proust, Le temps retrouvé

Alors que je me disais que j’avais envie de parler d’Emmanuel Carrère, qui est l’auteur sur qui je vais écrire ma thèse à partir de septembre, je suis retombée sur ce texte « de lecteur subjectif » écrit pour une UE de M2. Je me suis dit que c’était déjà pas mal comme première approche, bien que peu académique. J’espère en tout cas que cela vous donnera l’envie de lire Un Roman russe, si ce n’est déjà fait.

En réfléchissant à cet exercice, celui d’écrire un texte de lecteur subjectif sur un livre qui nous aurait profondément marqués, je me suis rendue compte qu’aucun titre ne me venait en tête. Ou alors trop, plein de livres, plein de souvenirs, tous différents et la plupart reliés à l’enfance. En tant qu’étudiante en Lettres modernes et grande lectrice, si je puis me permettre, j’aimerais pouvoir désigner un livre, LE livre, celui qui aurait influencé ma personnalité de lecteur, qui aurait façonné mes goûts et m’aurait marquée à tout jamais. Mais je ne peux pas. Dès que ma décision s’arrête sur l’un, je me sens profondément triste d’abandonner l’autre. Je sais bien que les écrivains qui parlent de leur expérience de lecteur font un choix, qu’ils omettent, qu’ils sélectionnent sciemment pour faire passer un message plus profond et travaillé. Je ne suis pas un écrivain et c’est peut-être aussi pour cela que je trouve l’exercice périlleux et même un peu présomptueux. Je voulais choisir un roman connu pour faire ressortir une lecture singulière, mais en effet nous sommes quand même en majorité le même lecteur. J’ai finalement choisi de parler de ma relation avec Emmanuel Carrère et plus particulièrement avec le récit autobiographique Un roman russe, sur lequel j’ai écrit mon mémoire de Master 1.

A vrai dire, je ne me souviens plus de ma première lecture de ce livre, j’imagine que j’ai été touchée puisque j’ai décidé d’en faire le centre de ma vie pendant un an (voire plus). Ce qui me fascine est en fait la façon dont je le perçois maintenant. Comme je l’ai dit plus haut, je considère avoir une réelle relation avec ce livre, il fait partie de ma vie, de moi. Je l’ai lu des dizaines de fois, j’en ai corné les pages, je le connais pas cœur et pourtant je ne m’en lasse jamais. Parfois, un événement, ou juste un mouvement de pensée, m’évoque un passage de ce livre et alors je le reprends, je le feuillette jusqu’à retrouver la phrase parfaite, celle à laquelle je pensais. Il est posé à côté de mon lit, jauni, annoté, poussiéreux, mais près de moi, à portée de la main. J’ai déjà pensé à en racheter un nouvel exemplaire mais je recule toujours, le mien est plein de vie, de ma vie. Je m’aperçois soudain qu’Emmanuel Carrère n’est pas si connu que ça, Un roman russe non plus. Je vous en propose donc un résumé qui, sans doute, serait déjà un texte de lecteur.

Emmanuel Carrère est un auteur français contemporain, fils de l’éminente secrétaire de l’Académie française Hélène Carrère d’Encausse. J’écris ces mots le 9 décembre 2011 et il s’avère que Manu (oui, je l’appelle Manu maintenant, il n’est pas au courant mais dans mon imaginaire nous sommes des amis proches) est né le 9 décembre 1957, il a donc aujourd’hui 54 ans. C’est un intellectuel parisien de droite, qui côtoie des gens de son milieu, c’est-à-dire des gens qui n’ont pas besoin de travailler à plein temps pour vivre, c’est un « fils de ». Il a fait Sciences-Po dans sa jeunesse et, grâce à son réseau déjà bien formé par maman et papa, il s’est retrouvé propulsé journaliste et critique de cinéma. Personnellement, c’est un métier que j’aurais adoré faire, dont j’ai rêvé très longtemps, mais mes parents n’étant que de simples professeurs certifiés de province, j’ai vite laissé tomber l’idée. Bref, est-il besoin de le préciser ? , Emmanuel Carrère, en tant qu’homme, m’énerve profondément. Je le trouve antipathique, sûr de lui et de sa supériorité. De plus, il est de droite, ce qui n’est pas pour me le rendre plus agréable. En tant qu’écrivain, il est égocentrique, égoïste même je dirais. Il m’énerve et en même temps toutes ces faiblesses, ces défauts qui le caractérisent, il ne s’en cache pas et cela le rend profondément humain.

Un roman russe est un récit autobiographique paru en 2007 mais dont le processus d’écriture a commencé bien avant, puisque les premiers évènements relatés datent de 2000. Manu y mêle différentes histoires qui peuvent sembler complètement étrangères les unes aux autres mais qui sont finalement liées par un même dénominateur commun : l’auteur lui-même. Il est envoyé en Russie, dans la petite ville de Kotelnitch, pour tourner un reportage sur Andras Toma, prisonnier hongrois durant la seconde guerre mondiale, puis déporté à l’hôpital psychiatrique de cette fameuse ville et jamais renvoyé dans son pays, oublié, si l’on veut, par l’immense URSS puis la Russie en reconstruction. Ce n’est qu’en 2000 qu’une journaliste locale relaye l’information de son existence, créant de véritables déchaînements en Hongrie, chacun s’imaginant qu’il s’agit du frère ou du mari disparu plus de cinquante ans auparavant. Durant ces cinquante-trois années de détention, le patient Toma n’a jamais appris à parler le russe, autour de lui personne ne parlait le hongrois. Lorsqu’on le retrouve, ce n’est plus sa langue maternelle qu’il parle mais un idiome personnel, qu’il s’est fabriqué au fil des ans.

Ce genre d’histoires fascinent Carrère, elles me fascinent moi aussi. Je ne saurais expliquer ce qui se passe dans ma tête à ce moment-là mais je suis irrésistiblement attirée par ces expériences limites, la capacité qu’a l’homme de faire du mal à ses congénères me terrifie autant qu’elle m’hypnotise. Manu a aussi écrit un livre sur l’affaire Jean-Claude Romand, L’Adversaire. Il s’agit d’un homme qui a fait croire à sa famille, ses amis, tout son entourage, qu’il était médecin, et ce pendant vingt ans. Son secret sur le point d’être découvert, il a tué ses parents, sa femme, ses deux enfants et tenté de se suicider. C’est une histoire vraie, l’être humain peut faire ça. Et surtout, l’être humain, malgré les actes terribles qu’il a commis, tentera toujours de s’en sortir : l’instinct de survie est plus fort que tout. Plus fort que la culpabilité, plus fort que la tristesse, plus fort que la certitude que plus jamais personne ne vous regardera comme avant. Ces mécanismes m’intéressent, ils intéressent Carrère, je m’intéresse à Carrère : la boucle est bouclée.

Ce n’est pas seulement pour ça que Carrère s’intéresse au destin tragique d’Andras Toma. Il y a une raison plus personnelle qui le pousse à se rendre en Russie et à enquêter sur cet homme et il l’explique assez vite dans son livre. Le grand-père d’Emmanuel Carrère, Georges Zourabichvili, est né en Géorgie à la fin du XIXème siècle et a émigré en France dans les années 1920 avec sa femme. Ils auront deux enfants, l’aînée s’appelle Hélène et est promise au glorieux destin que nous connaissons. Durant l’Occupation, Georges Zourabichvili collabore (pas trop méchamment précise Carrère) et, à la Libération, il est emmené par des hommes pour ne plus jamais revenir. Manu nous dit que c’est le traumatisme de sa mère plus que le sien, cependant il est persuadé qu’enquêter sur cet homme, en parallèle de son reportage sur le Hongrois, leur fera du bien, à sa mère autant qu’à lui-même. Il est persuadé que (ré)apprendre le russe lui permettra de décoincer des choses en lui, de sortir de la dépression chronique qui le tenaille depuis quasi-toujours comprend-on. Emmanuel Carrère est à la fois un homme très intelligent et qui analyse bien ses réactions, ses rapports aux autres, et à la fois un homme qui me semble personnellement très naïf, voire bête, lorsqu’il se livre à ce genre de pensées magiques, comme quoi il est le jouet impuissant d’un destin vengeur et terrible.

Je comprends que Mme Carrère d’Encausse ait été traumatisée par cet événement, on le serait à moins. Je comprends la volonté de son fils de l’aider dans cette épreuve qui la fait souffrir depuis plus de soixante ans maintenant. Ce qui me semble plus problématique c’est la façon qu’il a de croire, comme évoqué plus haut, que c’est la figure de son grand-père qui le hante aujourd’hui et l’empêche d’être heureux. Nous comprenons également que son rapport au père est compliqué mais il ne s’épanche pas la-dessus, préférant s’intéresser à ses relations avec sa mère qui, très vite, lui interdit d’écrire sur l’aïeul maudit. Tout cela me parle ayant moi-même un père qui n’a jamais (ou si peu) connu le sien. C’est une histoire dont on ne parle pas, ou très rarement, mais elle est là, présente quelque part. Ce traumatisme est celui de mon père, pas le mien, mais je suis triste pour lui. J’imagine le petit garçon qu’il était lorsque son père a disparu et je pleure. Emmanuel Carrère raconte à propos de son oncle, le jeune frère de sa mère qui avait huit ans en 1944 :

Après guerre, quand Nicolas partait en vacances chez des amis de la famille ou en camp scout, il écrivait chaque semaine une carte postale à sa mère, et à la fin de chacune de ces cartes postales il répétait la même petite histoire.

« Quand Papa reviendra on entendra toc-toc.

C’est qui ?

C’est Papa qui est bien content de revenir voir Maman, Hélène et moi ! »

Toc-toc. Toc-toc. Jusqu’à quand y a-t-il cru ?

Cela fait partie des passages que je relis régulièrement parce que je le trouve si beau et si triste à la fois. Je vois mon père dans ces mots.

Toute cette histoire familiale est alliée à l’histoire d’amour que vit Manu à cette époque avec une jeune fille prénommée Sophie. Histoire d’amour tragique entre deux individus de classes complètement différentes, histoire d’amour bancale qui ne trouvera jamais son équilibre et finira par sombrer, inéluctablement. Carrère juge sa compagne et, comme il le dit lui-même, ses jugements le jugent. C’est dans cette partie qu’il apparaît le plus imbuvable, en fait il a honte d’elle. Et il a honte d’elle parce qu’elle n’appartient pas au même monde que lui, elle travaille par nécessité. Sophie, en plus d’être une femme, a donc un autre point commun avec moi : elle vient du même monde, de la même classe sociale. Au contraire de Carrère, elle m’apparaît très sympathique. C’est une femme amoureuse et désespérée, qui ne sait plus à quel saint se vouer pour que son couple fonctionne. Elle est courageuse et, en plus, elle est belle. Si Un roman russe avait été un roman, j’aurais aimé que l’auteur s’attarde plus sur ce personnage, elle aurait sans conteste été mon héroïne. Elle est d’ailleurs bien l’héroïne d’un texte qu’a écrit Carrère et qui m’a longtemps laissée perplexe.

En 2002, Manu se voit confié un projet par le quotidien Le Monde : écrire une nouvelle sur le thème du voyage pour leur supplément estival. Il choisit d’écrire un texte érotique dont la principale destinataire est sa compagne, mon héroïne. Ce texte, il l’insère, in extenso, dans Un roman russe car il représente selon lui l’échec de leur relation. Il m’a laissée perplexe car il est très cru, plutôt mal écrit selon moi, et profondément intime. Carrère en fait des tonnes dans le graveleux et le déballage, lui que je trouve habituellement si fin et mesuré. Son projet affiché est de faire de la littérature performative, c’est-à-dire influencer le réel. La nouvelle paraît dans Le Monde le jour où Sophie doit le rejoindre, en train, à La Rochelle. Il s’adresse directement à elle à l’aide de la deuxième personne du singulier, mais également à toutes les autres lectrices, dans le but de les faire jouir à la lecture de sa nouvelle. Je le trouve présomptueux dans ce texte et je n’aime pas la façon dont il utilise le personnage de Sophie qui est, enfin, héroïne mais pas à la manière dont je le voudrais. Ce sont bien sûr ici des critiques très personnelles et qui ne regardent que moi. Cependant, dans une dimension purement littéraire, je trouve cet exercice passionnant et intéressant. L’effet de lecture recherché par l’auteur est, me semble-t-il, rare et innovant. La façon dont il réutilise la nouvelle dans l’économie d’Un roman russe est très intelligente et aide le lecteur à mieux percevoir ses relations avec Sophie, et les femmes en général.

Ce qui me vient à l’esprit, donc, lorsque je pense à Un roman russe et à Emmanuel Carrère en général, c’est un sentiment de familiarité, de complicité presque. Ce livre et cet auteur font partie de ma vie de la façon la plus complète qui soit puisqu’ils sont le point de départ de mon travail de recherches mais aussi parce qu’ils me touchent dans mon intimité, dans ma vie privée. Je ne sais pas quels liens unissent les autres étudiants à leurs sujets de recherches mais j’ai parfois l’impression que ma relation avec Manu est unique, presque fusionnelle. En cela je peux dire finalement, sans crainte de dénigrer d’autres livres, qu’Un roman russe est l’ouvrage qui m’a vraisemblablement le plus marquée dans ma vie de lectrice. C’est une relation compliquée qui allie l’attirance à la répulsion, l’amour à la haine, l’intérêt à l’indifférence. Plus je trouve Carrère détestable en tant qu’homme et plus j’admire son travail en tant qu’écrivain puisqu’il se présente sans complaisance et sans fausse modestie. Il finit Un roman russe par une très émouvante lettre à sa mère dans laquelle il explique pourquoi il était vital pour eux deux qu’il écrive ce livre, malgré l’interdiction maternelle. J’en connais les dernières phrases par cœur :

Le livre est fini, maintenant. Accepte-le. Il est pour toi.

J’aimerais un jour pouvoir écrire un tel livre à mon père et le lui donner avec fierté, et joie, et j’aimerais qu’il en soit fier, lui aussi.

Le féminisme pour les nuls

Mon T-shirt militant

Quand j’étais gamine, le féminisme était représenté dans mon esprit par Les Chiennes de garde et Isabelle Alonso, ça restait pour moi quelque chose d’assez agressif, dans la marge. A posteriori je me rends compte que j’étais simplement influencée par le discours dominant des média. Ce qui m’étonne tout de même avec la féministe que j’ai eu pour mère ! Bref, la révélation n’est venue que bien des années plus tard grâce à la lecture du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir. D’un coup, j’ai tout compris (du moins c’est l’impression que ça m’en a fait), j’ai réalisé que le féminisme était « simplement » la revendication de ne pas être jugé par rapport à son sexe mais pour tout ce qui me fait, et qui est donc infiniment plus varié que mon genre. Je trouvais les mots de Beauvoir apaisés, pas dans l’affect ni le ressenti, mais profondément scientifiques. C’est cela qui m’a convaincue je crois. Bien sûr, ce sujet me touche directement et intimement, mais pour paraître crédible, pour convaincre, je dois m’efforcer d’utiliser les arguments les plus objectifs possibles. Et encore plus pour le cas du féminisme où l’on sera si promptement taxée d’hystérie si l’on fait mine de prendre le débat un peu trop à cœur !

Tout récemment, j’ai découvert un autre aspect du sexisme grâce à l’excellent article de Mar_Lard sur le non moins merveilleux blog Genre ! (c’est vrai que l’article est très long mais franchement lisez le, c’est accablant) : j’ai été tout simplement désespérée. Je ne sais même pas quoi dire de plus à propos de cet article, il faut vraiment le voir pour le croire, et à ce niveau là Mar_Lard a fait un très bon boulot de collecte de données, c’est impressionnant.

Ce n’est pas spécifiquement de ça que je voulais parler mais plutôt de l’autre découverte que j’ai faite parallèlement à la lecture de ce post : les blogs féministes. Tout un monde caché sur internet qui n’attendait que moi, chouette ! J’ai tourné sur plusieurs d’entre eux, lu des choses plus intéressantes les unes que les autres, j’ai été ravie, j’ai décidé de commencer un blog moi aussi, pas spécifiquement féministe mais sur les sujets qui me tiennent à cœur (vous l’aurez compris, le féminisme en fait partie). La réflexion que je me suis faite à la lecture de ces blogs c’est que c’est très bien mais quid des néophytes ? Je veux dire, les personnes qui ne se sont jamais réclamées féministes, qui, au contraire, sont adeptes du « je ne suis pas féministe mais… » ? Personnellement, je suis déjà convaincue, alors la lecture de ces articles ne me convainc que davantage, bien sûr. Qu’en est-il des hommes et des femmes qu’il reste à persuader ? Parce qu’effectivement, mon but, en tant que féministe, c’est que tout le monde comprenne qu’il est d’utilité publique de mettre un terme à la vision genrée du monde telle que nous la vivons aujourd’hui.

Je me souviens d’une conversation particulièrement éprouvante avec une amie qui tentait de m’expliquer pourquoi elle n’était pas féministe (déjà, dans mon esprit, une femme pas féministe il y a un problème mais bon…) et qui utilisait pour cela tous les arguments classiques (il y a pire ailleurs, etc.) mais en même temps avouait qu’elle ne s’habillait pas comme elle le souhaitait réellement parce qu’elle avait peur des remarques des hommes. Il a été difficile pour moi de lui faire comprendre qu’elle avait elle-même avancé le meilleur contre-argument à son postulat de base. Les gens ont tellement pris en compte la vision patriarcale des féministes comme un groupe d’hystériques, moches et mal baisées que, bien sûr, ça ne fait pas plaisir de s’identifier à ça. Il faut leur expliquer qu’il est nécessaire d’aller plus loin, il faut leur dire que leur volonté de s’épanouir indépendamment de toute notion de genre, c’est déjà du féminisme ! Qu’on peut être féministe quand on aime le shopping, mais aussi quand on préfère mater un match de rugby en buvant de la bière (histoire de bien balayer tous les clichés). C’est difficile pour certains hommes de comprendre ces revendications parce que, comme toute discrimination que l’on ne vit pas personnellement, ils ont l’impression que le sexisme n’existe pas, n’est pas si grave, etc. C’est le rôle des féministes que de montrer à ces personnes (hommes comme femmes d’ailleurs, un grand nombre se voilant la face) que « féminisme » n’est pas un gros mot.

La prochaine fois je ne vous parlerai pas des Femen non plus.

Love
LL

« A la St Pascal, traiter les pucerons, c’est radical. »

Sinon, le 17 mai, c’est la journée mondiale de lutte contre l’homophobie.

Pendant très longtemps, j’ai pensé que l’homophobie n’était pas un problème en France, ou du moins pas un GROS problème. Un peu comme les hommes qui tentent de te (et de SE) persuader que le sexisme ça n’existe pas : vu que ça ne me touche pas directement, je ne le voyais pas. Ceci dit, je savais que ça existait, mais je me contentais d’aller à la Gay Pride (ou Marche des Fiertés) tous les ans, j’encourageais mes amis à s’afficher, à ne pas avoir peur, à affirmer ce qu’ils sont.
J’ai eu la chance, sous la houlette d’un de mes professeurs de fac, de rencontrer l’auteur de bandes-dessinées Fabrice Neaud qui a écrit un magnifique Journal, récit autobiographique donc qui m’intéresse tout particulièrement… En organisant cette rencontre, nous avons aussi eu affaire à diverses associations toulousaines LGBT comme Arc-en-Ciel ou Jules&Julies. Et là, d’un coup, tu découvres que des dizaines de gens passent la plus grande partie de leur temps à militer pour des droits qui te semblaient acquis, toi qui étais contre le mariage tu commences à te demander pourquoi toute une frange de la population n’aurait pas l’opportunité de ne pas se marier, par choix, et non pas parce qu’une minorité le lui interdit. Je vous semble naïve ? Peut-être. Cependant, cela a eu l’effet d’un véritable électrochoc chez moi. Sans que je ne puisse jamais savoir ce que ça fait de se faire traiter de « sale PD », tout comme les hommes ne sauront jamais ce que ça fait de se faire traiter de « sale pute » parce qu’on refuse un rapport sexuel (oui, allez trouver la logique !), j’ai réalisé que l’affirmation de sa sexualité, encore aujourd’hui, pose un gros problème en France.

Je ne reviendrai pas sur la Manif pour tous et l’horrible Frigide, sur les appels à la violence et au meurtre à peine dissimulés, sur les chiffres qui chaque jour nous confirment ce que nous supposions déjà : le mouvement contre le mariage pour tous est le responsable direct de l’augmentation des attaques à caractère homophobe des derniers mois. Je ne ré-expliquerai pas pourquoi, quand on est contre le mariage pour tous, on est homophobes, si vous n’avez toujours pas compris c’est que vous vous voilez la face.

En fait, non, en cette journée mondiale de lutte contre l’homophobie, j’aimerais vous parler d’un ami très cher. J’espère qu’il ne m’en voudra pas de parler de lui comme ça. C’est un garçon intelligent et beau, il aime les garçons. Jusqu’ici, me direz-vous, aucun problème. Sauf que pour lui, aimer les garçons quand on est un garçon, ce n’est pas normal. Il y a un problème quelque part, dans les gènes, un peu comme une maladie. Pourtant, il passe outre cette « anormalité » puisqu’il a des relations avec d’autres hommes, il tombe amoureux, ou juste il tire son coup, comme tout le monde, non ? Le débat sur le mariage pour tous, il pensait que ça ne le concernait pas, en tout cas ça ne l’intéressait pas. Et puis, une fois que la loi a été votée, il m’a dit « là, j’ai l’impression d’être reconnu, j’ai l’impression que le fait que cette loi existe c’est comme si le gouvernement disait OK, vous avez le droit d’être comme ça » (en vrai, il l’a pas dit exactement comme ça, on avait déjà bu une ou 2 pintes à ce moment, mais c’est l’idée générale). Alors je me suis dit, cette loi a provoqué un déferlement de violence, c’est vrai, mais elle a aussi permis à des gens (et je suis sûre qu’ils sont nombreux) de se sentir acceptés, reconnus par la République. Même si pour mon ami il y a encore pas mal de chemin avant l’acceptation totale, c’est un bon début. Et ce début c’est déjà énorme.

Alors aujourd’hui, je n’ai pas envie de penser au négatif. Je sais bien qu’il ne faut pas l’oublier et il y aura plein d’autres jours pour en parler, pour que je vous en parle. Malheureusement, il y aura d’autres occasions de s’indigner, de pleurer. Aujourd’hui, je veux me dire qu’on y arrivera, que les prochaines générations naîtront dans un pays où il n’y aura pas de différences entre un homme et une femme, un hétéro et un homosexuel, un noir et un blanc. Le mot de la fin, je le laisse à Mme Taubira, bien sûr – qui d’autre ?

Je vous aime.

LL

Bye Bye BU !

Aujourd’hui, jeudi 16 mai 2013, c’est mon dernier jour de travail à la BU, je suis bonheur \o/

Laissez-moi vous expliquer pourquoi être moniteur de rangement à la BUC du M*** (un peu d’anonymat que diable !) est probablement un des pires jobs qui puisse exister. Et premièrement, à cause de la réaction que vous avez en ce moment même « elle exagère quand même, ça doit être plutôt la planque de bosser en BU », haha, gotcha ! Et oui, à chaque fois que tu croises quelqu’un à qui tu dis ce que tu fais, c’est toujours la même chose : « ah ouais, tu bosses à la BU, trop cool ! » Nan, c’est pas trop cool ><

En fait, les premiers inconvénients arrivent au bout de trois mois environ, quand ton dos a pris 20 ans d’un coup à force de se baisser en permanence pour ranger les bouquins. Tu dors mal, t’as mal assis, debout, couché, bref, t’as mal tout le temps. Un mois plus tard, c’est les genoux qui demandent grâce parce que tu as pris la sage décision de fléchir les jambes pour soulager ton dos… Je n’vous cache pas qu’à la fin tu élabores des plans plus farfelus les uns que les autres pour ranger les livres sans avoir à bouger. Perso, ma solution fétiche est de m’asseoir entre deux rayons pour bouquiner : ça a le mérite de reposer mais pour ce qui est du rangement c’est nettement moins efficace.

La diminution physique n’est en fait que la deuxième phase, puisqu’avant tu auras déprimé en voyant que tes collègues sont tous dégoûtés de bosser là et que ta chef te dit des trucs du style « j’ai eu un gros coup de fatigue » qui sonnent à tes oreilles comme un « j’me tirerais bien une balle » tout ce qu’il y a de plus enjoué ! Je passe sur la période parano où tu réalises que personne ne te dit bonjour ou ne serait-ce qu’un p’tit « range plus vite connasse ! » et où tu commences à prendre ça pour toi. Ensuite tu réalises qu’en fait les gens qui bossent là-bas n’en ont juste rien à foutre de personne et qu’ils veulent passer leur journée le plus peinard possible… Fatalement, tu finis par adopter la même attitude sympathique parce que merde, y’a pas d’raison. Mon seul regret est de ne pas avoir suffisamment sympathisé avec les gens pour pouvoir me barrer aujourd’hui en leur lançant un bon « à plus les tocards ! »

Pour finir, j’aimerais parler de la torture psychologique que c’est de devoir ranger des livres, et surtout pour une personne un peu « carré » comme moi. En fait, ta tâche n’est jamais finie. Un jour, la salle de pré-rangement est vide et tu pars satisfaite, 2 semaines plus tard il y a des livres partout et parfois même des livres que tu as déjà rangés (HORREUR !) J’ai réalisé à cette occasion que je suis finalement assez maniaque (je sens que cette affirmation va en faire ricaner plus d’un mais j’assume) et je veux que les choses soient bien rangées. L’autre torture consiste à bosser entourée d’étudiants ignares qui te posent des questions débiles en permanence (je sais de quoi j’parle, j’en suis une moi aussi) : « madame, je cherche un livre », oui donc tu es dans le bâtiment approprié c’est un bon début déjà ! Juste, pour info : il y a 350 000 bouquins à la BU où je travaille travaillais (yes !), donc PLEASE soyez compatissants avec les pauvres gens des bibliothèques universitaires et apprenez à chercher ! (en plus y’en a qui disent que ça sert quand on fait des études supérieures…)

Je vous embrasse.
LL

Grâce à Google Images, voici un merveilleux aperçu du 4ème étage Sud et de la cote 800 (on voit même mon petit chariot, c’est fantastique)

Where it all begins…

Je pensais à cette photo

Pas trop prétentieux comme titre de premier article, ça va ?
C’est bien, j’écris pour éviter de penser que je dois réviser. Encore et toujours. Je crée un blog, je mate les tuto, houlala. Vivement mercredi !

C’est le passage obligé : écrire le PREMIER article. C’est délicat. Ensuite ça se passera mieux.

Bisous.
LL